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Serie A: Autonomie
Chacun de ceux qui apportent de l’aide semble ne s’intéresser qu’à son projet. Aussi, plusieurs intervenants extérieurs agissant dans un même village ou une même zone créent le désordre. Comment maîtriser cela " par en bas "?

Autonomie

Aide aux Femmes

Maîtriser l'aide pour arriver à nous en passer

Du projet à la convention de partenariat

Appui aux Organisations Paysannes Débutantes

 


A1 - NOTRE FORCE, EST-CE L'AIDE QUI LA CREE ?

Faciliter la réflexion au sein d'une organisation paysanne (OP) sur le danger de devenir de plus en plus incapables de faire quelque chose sans aide.

Thèmes:
Pourquoi débattre de notre autonomie?
Comment ne pas penser d'abord à l'aide ?
Quels problèmes avons-nous avec l'aide ?
L'aide peut-elle épauler notre autonomie ?
Comment limiter les effets de surdépendance?

 

Mots-clés DPH:

 

Thème 1

Pourquoi débattre de notre autonomie* ?
Mots-clés DPH : Capacité

 

"L'aide sans effort personnel est comme une nivaquine avalée sans eau". Barmbaye Guelmian

Des éléments de réponse :

Pour une question d’identité : "On s’est bien dit que si on arrive à avoir des moyens propres à nous, on doit bien les gérer pour avoir une association plus autonome. Parce que le fait de négocier toujours, de se conformer à ce que veut tel organisme d’aide, c’est risquer : cela peut changer notre "carte d’identité paysanne". Par exemple, on s’est dit que le coté social qui était au départ de notre action, commence à disparaître car notre partenaire refuse de l’appuyer" Sara Diouf

Parce que l’aide baisse et qu’elle n’est pas pérenne*

Pour réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur

Parce que "l’aide vient avec sa forme et déforme tout". Noyau Bédogo

Parce qu’il ne faut pas perdre le sens de l’effort personnel et collectif : "Au début sans aide extérieure, notre association fonctionnait normalement : les membres s’entendaient bien. Avec le peu de cotisations, nous n’avions pas d’autres idées. On travaillait normalement parce que rien ne nous divisait. Dès que nous avions eu de l’aide extérieure, les membres n’ont plus voulu de travail collectif. Ils disent qu’il y a ici de l’argent et qu’ils ne vont pas se donner de la peine pour rien". Vincent Guelmian

Une expérience :

"Avec une coopérative française, cela a été la même chose ; elle nous a dit : "Voilà les activités que nous pouvons financer". Une fois, notre projet élaboré, la coopérative a tourné le dos, et nous a dit : "Allez soumettre ces projets à une ONG ". On n’y est pas allé parce qu’on était sûr que notre association pouvait financer ces activités qui étaient la formation, la transformation des fruits et des légumes, la teinture et la couture. Ce n’est pas parce qu’on n’avait pas besoin d’argent, mais on savait que l’association pouvait prendre en charge le financement de ces activités". Pascal Mané

D’autres questions :

- Qu’est-ce qui définit l’autonomie au sein de notre OP ?

- Comment conduire au sein de notre OP une réflexion sur l’autonomie ?

- Quels sont les obstacles à contourner pour réussir à faire de l’autonomie un sujet de discussion permanent dans notre OP ?


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Thème 2

Comment ne pas penser d'abord à l'aide ?

 

"L’aide n’est pas un gain. C’est seulement un outil permettant d’en faire". Noyau Ouahigouya

Des éléments de réponse :

En créant des sources de financement au niveau local : Les ressources propres sont celles qui ne sont pas financées par un partenaire mais qui sont générées par des activités que l’association mène ou bien qui sont mobilisées à partir de la participation des membres. Ce sont ces ressources propres qui nous permettent, parce que c’est très souple, de financer des actions nouvelles. Sara Diouf

En concevant l’aide extérieure comme un complément aux efforts propres : Je pense que l’aide est bonne dans la mesure où elle vient compléter l’effort des gens, elle est mauvaise lorsqu’elle arrive comme si elle tombait du ciel sur des gens qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire avec. On dit chez nous que si l’argent ne vient pas de l’effort des gens, il détruit les liens de parenté. Aminé Miantoloum

Si l’aide extérieure est seulement un appui à des actions de base bien réalisées, il est possible que l’association de base s’autofinance. Mais quand il n’y a rien comme apport propre, l’aide extérieure crée des problèmes. Tamba Yancouba

Marier une fille à ton fils sans son apport, c'est apprendre à ton fils à abandonner sa femme. Barmbaye Guelmian

Une expérience :

La Coopérative de production agro-pastorale, fondée en 1996, s’occupe de la production, de l’agriculture et de l’élevage et grâce à elle nous devons trouver de l’argent pas seulement par les cotisations mais par nos bénéfices. Elle compte 40 membres, tous de Bédogo, dont 18 femmes. L’idée de cette coopérative vient de moi, parce que j’avais constaté qu’il fallait faire des efforts par nous-mêmes avant de compter sur l’aide extérieure. Car dès que celle-ci se retire, on ne peut plus rien faire. Il faut créer nos activités avec nos propres moyens. Vincent Guelmian

Deux constats :

"Lorsque les gens me disent qu’ils n’ont rien, qu’ils sont pauvres, je commence à les faire réfléchir sur ce qu’ils ont. Personne n’a "rien". Joséphine Ndione

"L'aide a plusieurs fils qui sont les suivants : problèmes, querelles, mésententes qui détruisent souvent les OP. Chez nous, quelqu'un qui donne souvent de l'aide à son ami, un jour s'il manque de donner il devient l'ennemi n° 1 de cet ami". Barmabaye Guelmian

D’autres questions :

- Pourquoi l'OP a-t-elle été créée ? Pour combien de temps ? Quelles sont les attentes des membres ?

- Pourquoi certaines OP pensent-elles que l’aide est la solution à toutes leurs difficultés ?


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Thème 3

Quels problèmes avons-nous avec l'Aide ?

 

"On a besoin de l'aide. Mais quelquefois l'aide ne vient pas aider, elle vient plus fatiguer". Ndeye Sarr

Madame Ndeye Sarr, Présidente de la FONGS (Fédération des ONG paysannes Sénégalaises): "Il y a pas mal de problèmes avec l'aide. Je peux raconter une petite anecdote. Tu connais le chacal? Il y a un arbre fruitier dont les fruits sont beaucoup aimés par les chacals. Et là, il y a un chacal qui est malade. Alors on lui demande de quoi il avait eu ses maux de ventre. Il avait la diarrhée. On lui a demandé ce qui lui avait donné la diarrhée. Il a dit: "Par tel fruit". Et on lui a dit: "Qu'est-ce qui va te soigner?". Et il a dit: "Le même fruit". C'est cela l'aide.

On a des problèmes avec l'aide. Mais jusqu'à aujourd'hui, on ne peut pas s'en passer. On a des problèmes si l'aide ne vient pas répondre à un besoin, ou bien si l'aide ne respecte pas nos valeurs, car chaque localité a sa propre culture et si l'aide vient pour nous couper de notre culture, cela ne va pas nous rendre service. Si l'aide vient pour nous faire changer de route et nous dit: "Vous allez faire cela parce que c'est cela que je veux", cela ne va pas nous rendre service. Je pense que l'aide est nécessaire et jusqu'à présent on en a besoin parce qu'on n'est pas autosuffisants pour aller seuls. Même les gouvernements, dans nos pays, ne sont pas autosuffisants. Ils reçoivent de l'aide. Mais l'aide doit venir renforcer nos acquis. L'aide doit venir répondre à nos besoins, c'est à dire solutionner nos problèmes, et pas nous poser d'autres problèmes. Quelquefois l'aide passe par le gouvernement, et le plus souvent cela ne règle pas le problème du producteur. Si l'aide doit répondre au besoin de quelqu'un, elle doit aller jusqu'au bénéficiaire directement.

Une fois allée au bénéficiaire, l'aide doit se fonder sur un partenariat. C'est à dire que l'aide ne doit jamais dire: "Ne faites plus cela, je vais vous aider, vous allez faire ceci". Si quelqu'un a besoin d'être aidé, il dit: "Je veux être aidé sur tel et tel domaine" et on voit comment le faire. Certains exigent que l'aide soit l'assistance, mais nous, nous demandons qu'elle réponde à nos propres besoins et disons non à la dictature de l'aide.

Au niveau de la FONGS, il nous est arrivé de tourner le dos à des bailleurs de fonds*, parce que ce qu'ils voulaient nous faire comprendre, on ne voulait pas le comprendre. C'est possible de refuser l'aide et il faut même quelquefois la refuser. Il nous est arrivé de suspendre un programme parce qu'on ne pouvait pas les rejoindre dans leur démarche et qu'ils ne voulaient pas nous comprendre la nôtre. Si on était autosuffisants, on financerait directement nos associations, ou nous serions une ONG qui donne des financements. On a besoin de l'aide. Mais l'aide ne doit pas détruire nos valeurs, elle doit respecter les valeurs de ses partenaires, essayer de les comprendre. Il faut que dans la relation d'aide, chacun trouve son compte.

Il y a de mauvais partenariats. (Ndeye Sarr dessine). Deux personnes sont assises sur un même socle :

il y a un monsieur avec une grande bouche et de toutes petites oreilles (ou il n'en a pas, car il ne veut rien entendre), les poches remplies d'argent, il a une grosse tête parce qu'il se dit qu'il connaît tout;

il y a un monsieur, peut-être c'est nous, qui a de grandes oreilles, une petite bouche (ou il n'en pas), les poches vides. Nous ne voulons pas de ces partenariats-là.

Ce qu'il faudrait pour améliorer l'aide, c'est de tenir un partenariat, durable, concerté, qu'il n'y ait pas de dictature. Si on doit être aidé sur un domaine, on fait la concertation, on accepte de réfléchir, de s'engager, de travailler autour d'un programme, flexible, transparent. Flexible parce que l'on peut programmer de faire quelque chose à telle période et par exemple, si quand vient la période c'est bloqué du côté de l'un ou de l'autre, il faut qu’on accepte de se rencontrer, de se reparler. S'il y a réussite, qu'on accepte que c'est l'effort de tout le monde, qu'on partage. S'il y a le contraire, il faut qu'on partage les pots cassés. On doit accepter d'instaurer un dialogue fréquent, permanent, de s'asseoir à chaque fois que c'est nécessaire".

(Mme Ndeye Sarr, interviewée par Séverine Benoit, 5 octobre 1998, Fiche 414)


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Thème 4

L'aide peut-elle épauler notre autonomie ?

 

"La main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit". proverbe

Des éléments de réponse :

Oui, si l’effort propre est un préalable et non seulement une " participation " : "Si une OP n’est pas capable de fonctionner et de donner quelques résultats concrets, on peut craindre que l’apport extérieur ne soit pas nécessairement le moyen approprié pour un développement durable". Jean Nya Ngatchou

Oui, si elle soutient aussi des activités rentables : "L’aide ne va pas être éternelle. D’où la nécessité de profiter de cette aide pour créer des activités qui pourront un jour remplacer l’aide. Il y a des bailleurs qui acceptent de financer jusqu'à 5 ans certains programmes d’activités rentables". Mariam Maïga

Non, si elle détourne les individus et les OP de leurs objectifs de départ : "L’aide financière peut aider, mais si j’ai une " idée courte ", l’aide financière va me mettre ailleurs, hors de mon village". Barmbaye Guelmian

"Une OP qui reçoit beaucoup d'aide n'est plus en mesure de faire une réflexion stratégique. Elle vit dans la dépendance et sa seule stratégie* consiste à repérer les possibilités de s'adapter à la vision et philosophie des bailleurs". Sara Diouf

"Nous voulons que nos organisations découvrent ce qui se passe au Mali et comment les femmes de là-bas arrivent à vendre leurs tissus teints au Sénégal ! Mettre en place des réseaux d’expériences, des réseaux pour la formation, pour le droit de la femme, etc. afin de permettre aux femmes de se retrouver exclusivement pour discuter de leurs propres problèmes. Ce sont de ces types d’aide dont nous avons besoin". Fatou Bocoum

Une expérience :

Au village de Sokotindji dans le Nord du Bénin, en 1995, 70 femmes ont créé une association appelée "Luwasiwanon", ce qui veut dire en boko "Que Dieu nous aide". Leur but était de cultiver ensemble du coton, de l’arachide, du maïs … pour lutter contre leur pauvreté. Elles versent chacune une cotisation de 50 F par semaine. Au bout de 2 ans, un fonds de roulement* était constitué. C’est ainsi qu’elles ont pu, après de nombreuses réunions de travail avec leur ONG d’encadrement, s’acheter une paire de bœufs de 180.000 F et une charrue de 70.000 F. Depuis ce jour, les femmes sont libérées de leur dur travail champêtre et de leur marginalisation. Les bœufs sont loués aux femmes 6.000 F par labour par hectare si elles sont adhérentes et 12.000 F pour les autres. Mme Nouratou Adebi, dans Paysannes Africaines

D’autres questions :

- Peut-on s’engager dans une action définie avec un bailleur de fonds et l’adapter ensuite aux préoccupations propres de notre OP ?

- Est-ce que certains Organismes d'Appui (OA) nous poussent à dépenser l'aide plutôt qu'à utiliser nos propres ressources ?

- Est-ce que certains membres profitent personnellement de l'aide ?


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Thème 5

Comment limiter les effets de sur-dépendance ?

 

"On allonge ses pieds selon la longueur de sa couverture". Noyau Sotouboua, Togo

 

Des éléments de réponse :

"En apprenant à dire non à " l’aide " qui ne cadre pas avec les objectifs du départ de l’OP". Noyau Ouahigouya

"L’aide extérieure ne saurait toute seule assurer la pérennité* d’une OP ; l’aide qui vient en complément d’un effort endogène* a un impact plus significatif sur la santé et la viabilité* d’une OP. L’organisation bénéficiaire de l’aide réduira sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur, en comptant d’abord sur ses moyens propres et en adaptant ses objectifs aux moyens humains, matériels et financiers disponibles parmi ses membres et facilement mobilisables". Jean Nya Ngatchou

"L'aide est comme un mur construit sur des fondations : celles-ci sont les ressources personnelles". Barmbaye Guelmian

"Pour qu’il y ait une résistance à la pression de l’aide, il faut un long travail. Certains responsables sont conscients de cela parce qu’ils veulent préserver leur organisation. Ils sont conscients, que faute de maîtriser l’aide, ils ne pourront pas définir eux-mêmes leur propre projet d’avenir". Pape Maïssa Fall

Une expérience :

"Refuser un financement, cela nous est arrivé l’an dernier. L’association avait élaboré un programme avec une ONG allemande. Cette ONG nous avait demandé de nous renseigner auprès d’une association voisine où elle était déjà intervenue pour pouvoir mettre en place un projet qui convienne. Ainsi, d’après les renseignements, l’ONG allemande pouvait financer jusqu’à concurrence de 11 millions la première année. Alors que nous, nous avions un projet qui coûtait 15 millions. On a soumis le projet, la première réponse était que eux ne pouvaient pas financer 15 millions pour une première année, donc, si on pouvait revoir le projet, ce serait mieux. Nous, nous avons dit que nous ne pouvions pas le faire parce qu’on avait estimé un besoin de 15 millions, donc que si on prenait en dessous de 15 millions, cela ne pouvait pas répondre réellement à nos attentes. Donc, c’est resté sans suite jusqu’à présent. Etre autonome, c’est une chose simple, si vraiment les associations évoluent par leurs propres moyens". Pascal Mané

D’autres questions :

- Quelles forces doit avoir une OP pour être en mesure de refuser l’aide ?

- Refuser l’aide peut conduire à des disputes. Comment éviter celles-ci ?

- Comment limiter ses objectifs pour tenir compte des moyens de l’OP ? Ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre ?

- L'autonomie se gagne-t-elle aussi par des échanges d'expériences entre OP ? En constituant des Unions d'OP


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