| Changer
l'Aide, c'est notre affaire à Tous Sommaire / Descriptif / Les fiches DPH |
||
|
Serie
AF: Aide aux femmes |
||
|
Ce livret permettra aux groupes de femmes de comparer leurs problèmes et leurs chances dêtre aidées avec ceux dautres femmes vivant en ville ou au village. Il les aidera également à préciser leur façon dentrer en relation avec des organismes dappui (OA). Thèmes: Mots-clés
DPH:
Laide
vient et puis sen va Les 793 femmes membres du groupement SET-SETAL travaillent depuis 1993 dans huit quartiers de la ville de Thiès, au Sénégal. Elles racontent ceci : "Nous avons eu un seul financement, dont deux quartiers seulement ont bénéficié parce que cétait une phase test, en 1998. Le bailleur était le PNUD, cétait une subvention. Nous lavions eu par lintermédiaire de lONG RODALE, dont nous avions entendu parler par le responsable à Thiès du département du développement communautaire, qui dépend du ministère de la femme. Alors les présidentes des quartiers sont allées chez RODALE et cela nous a permis davoir un appui du PNUD. La phase-test a très bien marché, mais finalement eux ont décidé de ne pas financer parce quils voulaient aider une autre ville. Alors depuis, on travaille seulement avec nos fonds propres. Nous gagnons un peu dargent parce que la mairie nous a pris pour ramasser les ordures sur la place. Cest un contrat de 4 mois, et nous avons commencé depuis deux mois. Depuis 1998 nous navons plus daide. Nous avons écrit une lettre à RODALE, pour expliquer que nous étions un groupement de femmes très dynamique qui avait besoin dappuis. Et comme nous ne savions pas faire un projet*, nous leur avons demandé de nous aider à formuler notre demande et à faire un document de projet. Le problème cest que nous avons eu de laide mais que cela a cessé dun seul coup. Nous cherchons de nouveaux partenaires, nous avons besoin daide parce que nous ne gagnons pas dargent et que notre matériel suse au fil du temps. Laide est vraiment nécessaire. Nous navons pas dargent pour satisfaire nos besoins, donc nous ne pouvons pas avoir dargent pour financer nos activités. Nous pourrions aussi faire plus de sensibilisation, si nous avions les fonds pour cela. Nous pourrions, par exemple, passer de quartier en quartier pour faire des sketchs et de lanimation sur des thèmes. Nous avons déjà eu une formation en théâtre, auprès de lONG, lannée dernière en mai ; nous avons travaillé autour de thèmes : la collecte des ordures, le compostage et le commerce. Nous avons fait un sketch sur le sida. Nos fonds propres ne suffisent pas, alors on a fait beaucoup de demandes, mais on na pas eu de réponse favorable. Grâce à lONG Belge, nous avons obtenu les coordonnées et la présentation des principaux bailleurs susceptibles de financer. Cest à ceux-là que nous avons envoyé nos demandes, mais nous navons pas encore eu de réponse positive. Avant de financer, lorganisme dappui doit se demander si les gens qui veulent lappui sont des gens qui travaillent et sils vont travailler avec largent. Et il faut descendre sur le terrain pour avoir ces informations. Après on peut appuyer. Nous, nous aurions besoin dune subvention pour le matériel et lactivité de ramassage et de collecte des ordures. Pour la caisse dépargne et de prêt, un crédit conviendrait". (Interview du groupe SET-SETAL recueillie par Séverine Benoît, à Thiès, en février 2001 - Fiche 471) Retour
Pourquoi
est-ce difficile pour un groupement de femmes de trouver de laide
?
"Les femmes ont longtemps souffert en matière de développement : on a toujours minimisé* lidée des femmes". Ourèye Seck Ce sont les hommes qui négocient* : Si les femmes nont pas accès aux financements, cest par manque dinformation, par manque de formation, par manque de capacité de négociation. La femme narrive pas à dire : " Jai des activités, je les écris sur un papier, voilà les partenaires* avec qui je veux travailler et voilà ce que jattends de tel ou tel partenaire ". Les femmes nont pas cette capacité : rares sont les femmes qui se positionnent. Au contraire, si, en tant quhomme, jai des capacités à négocier, je forme un groupement, jimpose à ce groupement une activité, je vais négocier un financement et jutilise cet argent à dautres fins qui ne vont pas au développement du groupement. Au niveau des ONG, aujourdhui, au Sénégal, on a des associations de femmes qui s'organisent en ONG, mais souvent elles se séparent de lhomme pour monter leurs projets et aller négocier des financements. ". Rencontre AGADA La prise de décision revenait toujours aux hommes. Ce que je trouve anormal parce que, surtout en milieu rural, ce sont les femmes qui font tout, les femmes font les travaux domestiques, les femmes vont aux champs, les femmes font des petites activités génératrices* de revenus, des petits commerces et tout cela. Tout lui revient sur le dos et quand on prend les décisions la femme est derrière. Je trouve que cest injuste parce quon ne peut pas faire des actions de développement sans associer les femmes, bien que, bon ! on dit toujours que lhomme est le moteur du développement (rires). Ourèye Seck Les femmes savent trop peu de choses : Les femmes en général, et surtout en milieu rural, nont pas lhabitude délaborer des projets qui correspondent aux critères* exigés par le bailleur de fonds*. Elles ne sont pas informées exactement sur les activités qui sont rentables ; elles veulent faire quelque chose, parce quelles croient quelles réussiront en faisant cela mais il ny a pas détude pour voir si lactivité voulue sera rentable. Les femmes savent peu de chose, parce quelles sont sous-informées. Madeleine Barry Que faire pour changer cela ? Je pense que cest un problème dinformation et de formation qui se pose ici. Rares sont les femmes qui sont représentées auprès des bailleurs de fonds pour défendre la cause des femmes. Rencontre AGADA Les femmes doivent bien analyser les conditions dans lesquelles elles vivent, proposer des solutions à leurs problèmes aux partenaires. Créer leurs propres activités génératrices de revenus et solliciter une aide juste pour les améliorer et augmenter leur revenu. Terre Solidaire Il faut que les femmes cessent davoir honte et peur de leurs responsabilités. Elles doivent aussi chercher à frapper à toutes les portes afin quon puisse satisfaire leur demande. Noyau Tchamba Les femmes à la base doivent présenter à chaque fois les nouvelles difficultés quelles rencontrent. Dabord, elles doivent discuter entre elles, puis entre leaders et groupes, enfin entre leaders*. Les difficultés non résolues seront alors portées à lattention des ONG et autres intermédiaires pour les aider à trouver des solutions adaptées et souples. Membres de la Radio rurale de Bignona Retour
Elles
ne savent pas où trouver quelquun pour les aider. Et si elles
le trouvent, sont-elles écoutées ? Madame Aminé Miantoloum travaille comme formatrice dans la région située au sud du Tchad, dans une ONG qui appuie des groupements de paysans et de paysannes. En février 1998, elle décrit ainsi les difficultés quéprouvent les femmes rurales pour avoir accès à laide extérieure : Les femmes ont toujours contribué aux différentes activités communautaires sans qu'on prenne jamais en compte leurs problèmes spécifiques, leurs problèmes de mères. Par exemple, les soins de santé sont un problème villageois, mais trouver les moyens pour soigner les enfants, c'est généralement le problème de la mère. Le problème de l'eau aussi, celui de la nourriture, de la formation agricole sont des difficultés que les femmes rencontrent. Elles les vivent, elles les expriment sous forme de besoins, mais ne savent pas où trouver quelqu'un qui les aiderait à développer des activités génératrices de revenus. En général, elles ont un pouvoir d'achat très bas et tout ce qu'elle font est ainsi limité. En tant que mères, elles ont beaucoup plus de charges que les maris et elles méritent vraiment d'être appuyées. Les femmes font tout avec beaucoup de sérieux. C'est cela qui me pousse. Elles gèrent sérieusement l'argent qu'elles ont car elles savent que quand l'enfant tombe malade, c'est d'abord leur argent qu'on utilise. C'est seulement quand elles sont "dépassées" par les sommes à payer que leurs maris y pensent. Elles paient aussi souvent la scolarité des enfants. On sent que la femme, étant donné qu'elle dépend d'un mari, ne peut pas avoir tout ce qu'elle veut. Généralement, elle fait son petit commerce, mais ce n'est pas suffisant, et le mari peut rarement financer les 30 000 FCFA qu'il faudrait au début pour quelle achète un premier stock de marchandises. Les femmes ont compris que de se réunir en groupements est aussi un moyen d'émancipation* et de prise de décision pour la gestion de leurs biens individuels et collectifs. Quand c'est un bien communautaire, les maris le respectent, alors que si c'est un bien individuel, le mari peut toujours t'embêter. Aussi, les femmes vont mettre leur argent dans les caisses d'épargne et de crédit. Mais, de plus en plus, les hommes sont malins au village ; ils savent que de nombreux bailleurs de fonds sont attentifs aux organisations de femmes, donc ils mettent parfois les femmes devant pour avoir de l'argent. Quelquun me disait hier que "vraiment, les femmes sont bêtes". Elle était fâchée d'apprendre que les hommes ont utilisé leurs épouses pour avoir un crédit pour eux-mêmes. Jai trois idées pour améliorer laccès des femmes à laide extérieure : 1/ Souvent les conditions daccès à laide sont trop difficiles pour elles, alors elles " démissionnent " et continuent à agir avec leurs seuls moyens. Jimagine alors une idée de fonds souple* : si les bailleurs peuvent créer des fonds souples partout, en confiant la gestion à des ONG ayant une certaine crédibilité, cela va beaucoup arranger les choses. 2/ Sil y avait des fonds pour les aider, ce serait bien ; ce qui ne veut pas dire quil faut arrêter daider les hommes ! Mais il y a quand même un rattrapage* à faire pour les femmes. Aussi, je souhaite une espèce de quota* : si on peut dire que dans tel coin du pays, on veut mettre 50% du crédit pour les femmes, ce serait bon car tout ce quelles font, elles ne le gardent pas pour elles ; cela va aussi au bénéfice des maris. 3/ Les bailleurs devraient être plus à lécoute des femmes. Par exemple, le CESAO (Centre dEtudes Economiques et Sociales dAfrique de lOuest au Burkina Faso) a mené une expérience intéressante : réunir les femmes rurales après la conférence de Beijing. Lors de cette rencontre, il y avait aussi des représentants des bailleurs de fonds. Elles ont ainsi pu donner des informations sur leur condition et organiser dautres rencontres entre les femmes rurales et les bailleurs de fonds. Ces derniers seront davantage à leur écoute et peut-être cela les aidera à améliorer leurs politiques doctroi de crédits et de subventions. (Propos recueillis par Benoît Lecomte, à Moundou, en 1998 - Fiche 140) Retour
Comment
aider les femmes à être entendues ?
"Cest les hommes qui ont toujours négocié, cest les hommes qui vont négocier en notre nom, pourquoi pas nous ?" Mariam Maïga Ce que proposent les femmes des Organisations Paysannes (OP) : Le groupement doit d'abord s'organiser à la base, c'est essentiel. Il doit avoir une caisse et participer avec son propre revenu à l'activité. Pour chercher un partenaire, il faut partir de cette organisation, parce que si le village n'est pas organisé, si les gens n'échangent pas, comment peuvent-ils avoir une même démarche ? Ndeye Yacine Diouf Il faut que la femme soit vaillante, dégourdie, respectueuse. Il faut quelle sache discuter avec les hommes et les femmes et quelle sache son rôle de responsable. Il faut discuter avec les autres membres, être bien ordonnée, pour gérer les documents et mettre les cahiers à jour. Noyau Pala Les femmes doivent cesser dêtre intimidées et adopter lesprit dorganisation. Noyau Tchamba Ce dont rêve la fondatrice dune ONG féminine à Ouahigouya (Burkina Faso) : Apprendre à élaborer des projets crédibles, qui pousseront les bailleurs à vous écouter. Il faudrait que les femmes sachent exprimer leurs besoins ; les énoncer clairement dans les dossiers quelles introduisent. Quelles se sentent concernées, elles et personne dautre. La femme responsable doit être capable déchanger, de défendre les intérêts des femmes à la base. Elle doit être une interlocutrice valable, qui sait sadapter aux réalités du moment. Il faut quelle cherche à mieux sinformer et doit pouvoir informer les autres (ex : traduction de documents à la portée des bénéficiaires) parce quelle doit servir de courroie de transmission entre la base et les donateurs. Il faut quil y ait une formation. Les femmes organisées, formées, seront devenues aptes, plus efficaces pour pouvoir négocier, défendre leurs intérêts auprès des bailleurs de fonds. Les bailleurs de fonds doivent savoir placer leur confiance dans les projets introduits par les femmes lorsque le dossier est bien ficelé. Madeleine Barry Ce que proposent les agents des Organismes d'Appui (OA) : Il faut leur apprendre à négocier elles-mêmes. Si vous avez une moto, vous prenez une dentre elles, si vous avez une voiture, vous en prenez plusieurs et vous partez ensemble au niveau dune ambassade, vous déposez votre requête. Cest par ce processus quon peut arriver à responsabiliser les femmes et à leur montrer aussi que largent il faut aller le chercher. Mariam Maïga Les femmes des groupements doivent négocier elles-mêmes avec les bailleurs de fonds. Il faut donc quelles soient alphabétisées, quelles sachent lire et écrire. Olinga Ayissi La femme a besoin dêtre aidée et pour que la femme soit aidée, il faut quelle soit formée. A partir de cette formation la femme pourra savoir qui elle est et elle pourra se promouvoir. Rencontre AGADA Dans les capitales régionales et nationales, il serait utile que des femmes soient formées pour jouer le rôle davocates* auprès des organisations de base et des décideurs* extérieurs pour éviter que les femmes soient maintenues hors des projets, hors de laide. Annick Miské Talbot Retour
Comment
éviter que leur entourage ne limite leur accès à
l'aide ?
Les maris parfois les freinent : Les organisations paysannes doivent prendre leurs responsabilités ; ne pas se laisser jouer par les maris ou jouer leurs jeux, parce que les femmes sont toujours perdantes. Madeleine Barry Trouver un moyen pour empêcher les autres de détourner laide. Responsabiliser plus les femmes sur laide. Utiliser une stratégie qui permette un bon suivi. Définir des indicateurs* qui obligent les femmes à ne pas laisser largent à leurs maris sous prétexte de leur pression. Noyau ASET Les époux sont parfois jaloux du pouvoir acquis par leurs épouses du fait dun appui associatif important. Il revient alors aux enfants, aux femmes, aux amis... bref à toute la communauté de comprendre cela. Cest là quintervient la diplomatie*. Olinga Ayissi Les intellectuelles parfois les freinent : Ne pas se limiter seulement aux femmes élites qui sont toujours devant ; il faut atteindre les femmes des profondeurs, " les vraies femmes en nécessité ". APCD Il faut éviter que les femmes intellectuelles des villes sapproprient les activités prévues pour améliorer la situation des femmes paysannes. Celles-ci sont souvent naïves et se trouvent exploitées par les intellectuelles qui les mettent devant et détournent les actions à leur profit. Olinga Ayissi "Neutraliser, trouver des astuces pour que cela ne soit pas la femme du chef qui en profite seule". Javier Schunk Que ce soit leur projet et leur négociation : Il y a des " hommes daffaires " : si on fait un projet de femmes, même si je suis un homme, je peux organiser les femmes et les représenter. Il suffit de connaître des bénéficiaires. Certains se substituent aux femmes : en mettant " femmes ", le bailleur de fonds sera content ! Et bien, non ! Si cest un projet femme, cest une femme qui doit le présenter et le défendre ! Il faudrait quelles fassent leur programme à elles, afin de pouvoir le défendre elles-mêmes et le négocier auprès des bailleurs. Madeleine Barry Le plaidoyer* et la vigilance* doivent être des pratiques constantes. Des comités de vigilance composés de femmes et dhommes devraient être initiés au sein des organisations paysannes et des collectivités locales pour que laccès des femmes à laide ne soit plus limité... ou même détourné. Annick Miské Talbot Les bailleurs de fonds parfois les freinent : Les bailleurs de fonds doivent faire en sorte que les femmes aient accès à la formation et au financement sans intermédiaires. Les femmes du village doivent avoir à leur disposition tous les documents indispensables pour faire des rapports ultérieurement. Les bailleurs de fonds doivent avoir des gardes-fou auprès des intermédiaires s'il y en a encore. Les ONG doivent écouter et l'homme et la femme pour la réussite totale de leurs activités. Noyau Agoulou Retour |
||
|
|
||
|
GRAD France,
228 rue du Manet, 74130 Bonneville (France) GRAD Suisse,
CP 5833, 1211 Genève 11 (Suisse), |
||