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AF: Aide aux femmes |
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Comme si chaque jour elles tissaient une toile, les femmes poursuivent en même temps de nombreux objectifs : nourrir, soigner, produire, épargner, vendre, etc. Comment les agents de laide extérieure habitués à tout séparer peuvent-ils réussir à épauler lensemble de leurs multiples et divers petits projets ? Thèmes Mots-clés
DPH:
Un
groupement de femmes réalise un grand nombre dactivités
liées entre elles
Reprenons lhistoire du groupement SET-SETAL de Thiès (voir les pages 4/5 du livret AF/1) pour observer tout ce que font ses membres, ensemble ou individuellement. Ses responsables expliquent ceci : Dans la première phase, le groupement a commencé à travailler avec AGETIP (une initiative du Gouvernement et de la Banque Mondiale, en particulier pour le nettoyage des rues), mais cétait pour une durée déterminée. Quand le contrat a été terminé, au lieu de rester à ne rien faire, nous avons décidé de nous réunir et nous organiser avec lappui du développement communautaire. Ainsi nous avons pu développer ce groupement SET-SETAL. Cétait en 1993. Aujourdhui, il y a 793 femmes qui sont membres, présentes dans huit quartiers de Thiès. Notre principale activité est la collecte des ordures, mais à travers cette activité il y a une activité préalable qui est la sensibilisation. Ce travail de sensibilisation, cest pour impliquer les populations. Chaque famille, chaque concession a un dépôt dordures. Dans la concession, il y a un espace pour stocker les ordures. Chaque foyer bénéficiaire dune poubelle doit verser une cotisation de 750 FCFA (7,50 FF) par mois. Ce sont ces cotisations qui permettent au groupement de payer la personne qui est chargée de ramasser les ordures et dentretenir la charrette. La charrette passe à chaque point pour récupérer les ordures et les emmener au dépotoir. La collecte des ordures est lactivité principale mais il y a aussi des activités annexes telles que la réalisation d'objets, le tressage du plastique. Nous utilisons les matières plastiques récupérées pour faire des objets dart. Nous produisons des sacs, des poupées, des gilets. Ce qui pose problème, cest lécoulement de ces produits, parce que nous avons du mal à trouver des acquéreurs, alors nous gardons cela pour nous. Le stockage des ordures permet également de faire du compost pour nos parcelles arboricoles. Avec les fruits récoltés, nous faisons des confitures. Le verger fonctionne bien aussi, mais la plupart du temps cela sert pour payer pour les malades qui sont là-bas dans nos quartiers. Nous faisons aussi de la fabrication de savon, de beurre de karité et de la conserve de tomates pour le petit commerce. Nous avons aussi une caisse dépargne et de crédit, où chaque femme cotise une fois par mois. Une fois quune femme a cotisé 3500 FCFA (35 FF), elle peut emprunter auprès de la caisse du groupement. Donc, il faut dabord épargner pour avoir du crédit. Le petit commerce individuel des produits de nécessité ne marche pas bien, parce que nous navons pas de financement au départ, alors cela ne se développe pas. Le petit commerce ne rapporte pas plus de 5000 FCFA (50 FF) par mois, alors nous ne pouvons pas beaucoup investir. Lactivité en elle-même marche, mais cest le financement qui nous fait défaut. Récemment, nous avons participé à la quinzaine de lhygiène ; nous avons beaucoup participé aux sensibilisations avec les services de lhygiène et de léducation pour la santé. Nous sommes passées dans les quartiers pour faire des causeries sur différents thèmes comme " la vaccination des jeunes " et " comment éviter le choléra ? ", ce genre de choses. Nous faisons cela souvent, et nous abordons aussi les thèmes du planning familial. Mais pour organiser ces réunions de sensibilisation, cela demande des fonds. Il faut la location du matériel, le déplacement des personnes, alors, si nous navons pas dargent nous ne pouvons pas le faire. Cest pourquoi nous profitons de la semaine de lhygiène pour le faire. (Interview du groupe SET-SETAL recueillie par Séverine Benoit, à Thiès, en février 2001 - Fiche 470) Retour
Pour
exister, un groupe doit conquérir son autonomie. Peut-on laider
à ce stade ?
M. Amadou MALET, dirigeant du réseau AFD-ONG, à Ségou (Mali), raconte les débuts dune association féminine en ville : Elles ont pris contact avec moi. A lépoque, lassociation navait même pas de statuts, pas dexistence juridique, même pas de récépissé. Jai répondu que je ne promettais rien. Jai dit : " Ce quon peut faire, cest organiser une rencontre avec lensemble des femmes pour voir ce que vous voulez ". On a fait deux ou trois rencontres, cétait pour voir comment elles avaient commencé, ce quelles avaient déjà fait, les problèmes quelles avaient, pourquoi cela ne marchait pas. Cest au cours de ces réunions quelles mont dit : " Nous sommes fatiguées parce que nous sommes plus âgées que la promotrice* de lactivité de teinture, et cest elle qui nous envoie chercher de leau. On ne fait que prendre de leau, mélanger, laver, et cest elle qui fait un peu lalchimie, elle met les teintures. On napprend rien et, en réalité, on a rien, elle ne nous paie pas, donc on est fatiguées. On est intéressées à trouver quelquun pour nous appuyer dabord à ce que nous-mêmes puissions apprendre à faire cela ". Jai dit : " OK, maintenant vous êtes une association ; au niveau de votre association, qui est la présidente ? Quels sont vos statuts ? ". Elles navaient pas cela. Donc on a commencé par aller vers la définition de lassociation, des statuts, du règlement intérieur, la mise en place dun bureau, dun comité de surveillance. Et par les cotisations, comme une vérification de la volonté de tout un chacun qui veut participer à lassociation. Quand on a fini de faire cela jai dit : " Maintenant, il faut que vous, à votre niveau, commenciez par cotiser. Même si cest minime, il faut quand même cotiser pendant un certain temps pour quon voie si on peut encore travailler ensemble ". Elles ont commencé à cotiser 100 FCFA par mois. Là, également, quand cela a commencé à durer, elles se sont découragées. A lépoque javais un contact avec les responsables dun organisme dappui (OA) ; jai cherché pour savoir sils étaient intéressés pour appuyer le groupement féminin dans la commune de Ségou. Ils mavaient dit que oui, en principe, ils étaient intéressés. Avec lOA, on a monté un petit programme. Cétait un programme de formation en teinture pour 21 jours et il y avait un petit équipement : la baignoire, les seaux quon devait acheter. On a acheté un peu de teinture, quelques tissus pour quelles puissent démarrer. Elles ont fait la formation avec cela. Elles ont commencé avec un fonds de roulement denviron 150.000 FCFA (1.500 FF). Elles ont suivi la formation, maintenant elles produisent. (Interview de M. Amadou MALET recueillie par Christophe Vadon, à Ségou, en 1999 - Fiche 495) Retour
Appuyer
en même temps les divers domaines et penser aux sous-groupes vulnérables
Les différents domaines dactivités : Il faut que les femmes soient capables de résoudre leurs problèmes et cela ne peut pas se faire à partir dune seule activité ou dun seul domaine. Cest pourquoi il faut renforcer leurs capacités en menant plusieurs actions dappui à la fois. Je crois que les changements que nous souhaitons par rapport aux femmes impliquent la conjugaison de beaucoup defforts différents. On est obligé de mener plusieurs actions pour arriver au changement de comportement et de savoir. Voisins Mondiaux Les projets daide apportent peu de changements, en particulier parce quils ne sattaquent pas aux réels nuds de blocage* : léconomie et le politique. Cest précisément larticulation* entre ces deux dimensions qui fait trop souvent défaut. Alors, lancer les femmes dans des petits projets ordinaires nest acceptable que si cela constitue une stratégie* de premier contact avec elles, pensée dans une perspective de renforcement de leur pouvoir économique et de leur place dans la société. Laide ne peut pas tout faire et nest pas compétente sur tout. Lensemble de ces activités ne peut donc pas être aidé. Marie-Christine Gueneau Dans les sociétés africaines traditionnelles, les paysans, et plus particulièrement les femmes, vivent leurs réalités familiales et communautaires sans faire de distinction entre le politique, léconomique le culturel et même le religieux ; tous ces volets contribuent de manière indissociable* à leur épanouissement et au développement. Jean Nya Ngatchou Les enfants : Il y a une tension entre leurs activités individuelles et leur travail au sein du groupe. Les femmes ont du mal à dégager le temps nécessaire pour les activités collectives. Il convient de favoriser le développement dactivités sociales permettant la gestion collective des activités des femmes lorsque le partage familial des charges de travail nest plus suffisant ou ne correspond plus aux besoins. Dans ce cadre, il faudra protéger les petites filles à qui il est souvent demandé dassurer le travail domestique des mères lorsque celles-ci sont occupées par leur entreprise, les privant ainsi décole et denfance. Il faudra aussi veiller à lorganisation de services de base pour les femmes (santé, etc.), aider à ce quils soient économiquement viables et à ce quils puissent donner des emplois aux femmes. La formation dans les divers emplois et services de base devra être assurée. Annick Miské Talbot Un volet qui me semble très important dans lappui aux femmes, cest la petite enfance. Les petits enfants de 2 à 6 ans, qui nont pas lâge daller à lécole, si tu les prends tôt sous forme de garderie denfants, tu peux leur apprendre à lire et à écrire et tu peux toccuper de lutter contre la malnutrition, les problèmes de santé et en même temps tu les prépares à rentrer à lécole. Ce serait des classes communautaires. Cela existe déjà, on a commencé cette année, pour essayer de voir les résultats. Khady Sene Retour
Relier
entre elles les différentes activités dun groupement
Mme Khady SENE, responsable de la promotion féminine de lassociation paysanne Jig Jam (Fissel, Sénégal), explique ceci : 1/ Quatre priorités : alphabétisation, entreprises, animation et communication : A une ONG qui veut appuyer les femmes, je peux dire quil faut quelle prenne en compte les problèmes comme lalphabétisation et lentreprenariat rural. Cela peut être une entreprise telle quune unité de transformation et de conservation des produits locaux, des boutiques gérées par les femmes, des projets délevage, etc. Il faudrait aussi un appui à lanimation de base, apprendre aux femmes reponsables à faire de lanimation. Ou les motiver par une petite indemnité et les appuyer à avoir un moyen pour se déplacer pour pouvoir toucher les différentes femmes. Si je prends mon exemple, je veux bien aller dans des villages qui sont à 12 ou 13 km et qui font partie de la collectivité, mais je ne peux pas y aller parce que je nai pas de moyen. Donc, pour appuyer à la sensibilisation, il faut intervenir en dotant les femmes, ou bien la responsable, de moyens de se déplacer pour faire son travail. Il y a aussi les médias qui sont là, mais pour faire passer ton programme tu dois ouvrir un temps dantenne, tu dois payer les émissions que tu veux faire à la radio. Pour ce paiement-là, tu vas identifier tant de minutes pour tant de jours dans le mois, et si le partenaire peut appuyer à ce montant, cela sera un appui aux femmes. Parce que ce sera plus facile pour celles qui doivent venir à la radio parler à toutes les femmes. Et cela peut animer au-delà de Fissel. 2/ C'est la caisse du groupement qui décide des prêts aux membres : Si cest un groupement de femmes membre de Jig-Jam, il est appuyé comme tous les autres groupements par lintermédiaire de Jig-Jam. Jig-Jam recense tous les problèmes des groupements, les analyse avec les populations, pour arriver à sortir des solutions. Et les solutions vont définir les sortes dactivités à faire pour résoudre ces problèmes. Alors Jig-Jam élabore son programme*, qui sera un programme global pour tous les groupements qui adhèrent à lassociation. Ensuite, il soumet le programme aux partenaires qui réagissent. Jig-Jam a créé des instances de décentralisation dans lassociation. Il y a un bureau, des commissions techniques et des coordinations locales dans les différentes communautés rurales. Une fois que lappui arrive, Jig-Jam programme par coordination. Chaque coordination doit voter par rapport à son nombre de membres. A chacun, on verse des fonds par rapport à son nombre de membres. Et cest aux coordinations de programmer chaque activité. On leur donne largent et ils vont au niveau des groupement pour les doter de cet argent. Jig-Jam appuie les groupements et ce sont les groupements qui appuient les membres parce que le groupement maîtrise bien les membres, alors que Jig-Jam maîtrise seulement les groupements. Dans le temps, Jig-Jam appuyait le groupement à travers son président, mais maintenant il appuie la caisse du groupement. Cest au conseil dadministration de la caisse de voir où on va loger cet argent, dans quels volets : embouche, bergerie, petit commerce, etc. Quand le conseil a défini où va largent, les bénéficiaires savent quil y a telle ligne de crédit* qui est dans la caisse. Chacun doit faire sa demande par rapport à cette ligne de crédit. (Propos recueillis par Séverine Benoit, à Fissel, en février 2000 - Fiche 488) Retour
Renforcer
les Unions de groupements plutôt quaider directement
Lopinion de deux responsables féminines dUnion de groupements : Cest mieux si lONG appuie les responsables des activités de lassociation, plutôt que daller directement elle-même dans les villages faire de lanimation. Il y a des ONG qui sont loin de Fissel. Pour faire venir ici leur animatrice, cest difficile, alors il vaut mieux quelles donnent des fonds pour les femmes qui sont sur place et qui peuvent le faire. Il faut appuyer les responsables locales qui sont là. Les femmes rurales qui ne peuvent pas parler ni français ni dautres langues cest difficile de parler avec elles, alors que cest plus facile pour nous qui sommes nées là. Khady Sene Cest nous qui conseillons le groupement à appuyer. Je ne suis pas pour un appui direct du partenaire au groupement parce que seule lunion peut juger que tel groupement est fidèle ou infidèle. Si tu viens appuyer directement un groupement et quil y a un problème, tu ne sauras pas où te baser pour le régler. Cest un risque pour le partenaire. Il y a des groupements qui font des dégâts et qui ne veulent plus adhérer à lunion, qui se mettent à lécart pour mener leurs propres activités. Si tu viens appuyer ce genre de groupement tu auras un tas de problèmes. Mama Gueye La réalité : beaucoup dintermédiaires : Un groupement débutant aime être aidé directement par le bailleur de fonds. Une Union de groupements expérimentée considère que mettre laide en place est sa responsabilité. Sur le terrain, personne ne défend les organismes d'appui et pourtant ils sont de plus en plus nombreux. Christophe Vadon Le risque : que chacun voie son autonomie se réduire : La relation daide met en jeu lautonomie de chacun des acteurs, publics comme privés, sauf rares exceptions dONG complètement autofinancées*. Lautonomie de celui qui aide paraît évidente mais cela est trompeur : la main qui donne dépend, elle aussi, de la main qui reçoit : " Cest moi qui vous nourrit ", disait un assisté lucide aux assistantes sociales* de son quartier. On ne peut mieux dire combien chaque intervenant dépend à la fois de son bailleur et de son public. Aujourdhui, les acteurs liés au système daide sont de plus en plus nombreux. Agissant dans des structures apparemment fort diverses, ils ont des intérêts et des comportements souvent très semblables. Chaque acteur risque dêtre subordonné. Une double subordination en fait : d'un côté, pour convaincre le bailleur de fonds, le chargé de programme (ou tout autre intermédiaire) dépend de la fiabilité du demandeur daide ; de lautre côté, pour réaliser son propre programme, celui qui demande dépend des intentions, des capacités et des intérêts de lintermédiaire placé au-dessus de lui. Celui qui cherche de laide a tendance à adapter sa demande en fonction de ce quil connaît des priorités et des tabous de son donateur. Le document de projet est le lieu de cette compromission*. Chaque intermédiaire tend alors à concevoir ses propres programmes, non plus en fonction de ses priorités et des contraintes locales, mais aussi - sinon surtout - en fonction de sa chance de faire arriver laide. Marie-Christine Gueneau et Bernard Lecomte, " Sahel : les paysans dans les marigots de laide " (LHarmattan, 1998), page 169 Retour |
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