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Serie AF: Aide aux femmes
Pendant des années, les femmes des villages et des quartiers ont été négligées par les agents d'aide extérieure. Aujourd'hui, au contraire, les femmes sont devenues des interlocutrices incontournables. Quelles chances et quels problèmes apportent ce changement ? Comment rendre cette évolution utile à tout le monde?

Autonomie

Aide aux Femmes

Maîtriser l'aide pour arriver à nous en passer

Du projet à la convention de partenariat

Appui aux Organisations Paysannes Débutantes


AF2 - Comment épauler tout l'ensemble des initiatives des groupes de femmes?

Comme si chaque jour elles tissaient une toile, les femmes poursuivent en même temps de nombreux objectifs : nourrir, soigner, produire, épargner, vendre, etc. Comment les agents de l’aide extérieure habitués à tout séparer peuvent-ils réussir à épauler l’ensemble de leurs multiples et divers petits projets ?

Thèmes
Un groupement de femmes réalise un grand nombre d’activités liées entre elles
Pour exister, un groupe doit conquérir son autonomie. Peut-on l’aider à ce stade ?
Appuyer en même temps les divers domaines et penser aux sous-groupes vulnérables
Relier entre elles les différentes activités d’un groupement
Renforcer les Unions de groupements plutôt qu’aider directement

Mots-clés DPH:
Economie Familiale
Femme
Forme d'aide

 

 

Thème 1

Un groupement de femmes réalise un grand nombre d’activités liées entre elles
Mots-clés DPH du thème : Connaissance Mutuelle

 

Reprenons l’histoire du groupement SET-SETAL de Thiès (voir les pages 4/5 du livret AF/1) pour observer tout ce que font ses membres, ensemble ou individuellement. Ses responsables expliquent ceci :

Dans la première phase, le groupement a commencé à travailler avec AGETIP (une initiative du Gouvernement et de la Banque Mondiale, en particulier pour le nettoyage des rues), mais c’était pour une durée déterminée. Quand le contrat a été terminé, au lieu de rester à ne rien faire, nous avons décidé de nous réunir et nous organiser avec l’appui du développement communautaire. Ainsi nous avons pu développer ce groupement SET-SETAL. C’était en 1993. Aujourd’hui, il y a 793 femmes qui sont membres, présentes dans huit quartiers de Thiès.

Notre principale activité est la collecte des ordures, mais à travers cette activité il y a une activité préalable qui est la sensibilisation. Ce travail de sensibilisation, c’est pour impliquer les populations. Chaque famille, chaque concession a un dépôt d’ordures. Dans la concession, il y a un espace pour stocker les ordures. Chaque foyer bénéficiaire d’une poubelle doit verser une cotisation de 750 FCFA (7,50 FF) par mois. Ce sont ces cotisations qui permettent au groupement de payer la personne qui est chargée de ramasser les ordures et d’entretenir la charrette. La charrette passe à chaque point pour récupérer les ordures et les emmener au dépotoir.

La collecte des ordures est l’activité principale mais il y a aussi des activités annexes telles que la réalisation d'objets, le tressage du plastique. Nous utilisons les matières plastiques récupérées pour faire des objets d’art. Nous produisons des sacs, des poupées, des gilets. Ce qui pose problème, c’est l’écoulement de ces produits, parce que nous avons du mal à trouver des acquéreurs, alors nous gardons cela pour nous.

Le stockage des ordures permet également de faire du compost pour nos parcelles arboricoles. Avec les fruits récoltés, nous faisons des confitures. Le verger fonctionne bien aussi, mais la plupart du temps cela sert pour payer pour les malades qui sont là-bas dans nos quartiers.

Nous faisons aussi de la fabrication de savon, de beurre de karité et de la conserve de tomates pour le petit commerce.

Nous avons aussi une caisse d’épargne et de crédit, où chaque femme cotise une fois par mois. Une fois qu’une femme a cotisé 3500 FCFA (35 FF), elle peut emprunter auprès de la caisse du groupement. Donc, il faut d’abord épargner pour avoir du crédit.

Le petit commerce individuel des produits de nécessité ne marche pas bien, parce que nous n’avons pas de financement au départ, alors cela ne se développe pas. Le petit commerce ne rapporte pas plus de 5000 FCFA (50 FF) par mois, alors nous ne pouvons pas beaucoup investir. L’activité en elle-même marche, mais c’est le financement qui nous fait défaut.

Récemment, nous avons participé à la quinzaine de l’hygiène ; nous avons beaucoup participé aux sensibilisations avec les services de l’hygiène et de l’éducation pour la santé. Nous sommes passées dans les quartiers pour faire des causeries sur différents thèmes comme " la vaccination des jeunes " et " comment éviter le choléra ? ", ce genre de choses. Nous faisons cela souvent, et nous abordons aussi les thèmes du planning familial. Mais pour organiser ces réunions de sensibilisation, cela demande des fonds. Il faut la location du matériel, le déplacement des personnes, alors, si nous n’avons pas d’argent nous ne pouvons pas le faire. C’est pourquoi nous profitons de la semaine de l’hygiène pour le faire.

(Interview du groupe SET-SETAL recueillie par Séverine Benoit, à Thiès, en février 2001 - Fiche 470)


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Thème 2

Pour exister, un groupe doit conquérir son autonomie. Peut-on l’aider à ce stade ?
Mots-clés DPH du thème : Projet De Developpement

 

M. Amadou MALET, dirigeant du réseau AFD-ONG, à Ségou (Mali), raconte les débuts d’une association féminine en ville :

Elles ont pris contact avec moi. A l’époque, l’association n’avait même pas de statuts, pas d’existence juridique, même pas de récépissé. J’ai répondu que je ne promettais rien. J’ai dit : " Ce qu’on peut faire, c’est organiser une rencontre avec l’ensemble des femmes pour voir ce que vous voulez ". On a fait deux ou trois rencontres, c’était pour voir comment elles avaient commencé, ce qu’elles avaient déjà fait, les problèmes qu’elles avaient, pourquoi cela ne marchait pas.

C’est au cours de ces réunions qu’elles m’ont dit : " Nous sommes fatiguées parce que nous sommes plus âgées que la promotrice* de l’activité de teinture, et c’est elle qui nous envoie chercher de l’eau. On ne fait que prendre de l’eau, mélanger, laver, et c’est elle qui fait un peu l’alchimie, elle met les teintures. On n’apprend rien et, en réalité, on a rien, elle ne nous paie pas, donc on est fatiguées. On est intéressées à trouver quelqu’un pour nous appuyer d’abord à ce que nous-mêmes puissions apprendre à faire cela ". J’ai dit : " OK, maintenant vous êtes une association ; au niveau de votre association, qui est la présidente ? Quels sont vos statuts ? ". Elles n’avaient pas cela.

Donc on a commencé par aller vers la définition de l’association, des statuts, du règlement intérieur, la mise en place d’un bureau, d’un comité de surveillance. Et par les cotisations, comme une vérification de la volonté de tout un chacun qui veut participer à l’association.

Quand on a fini de faire cela j’ai dit : " Maintenant, il faut que vous, à votre niveau, commenciez par cotiser. Même si c’est minime, il faut quand même cotiser pendant un certain temps pour qu’on voie si on peut encore travailler ensemble ". Elles ont commencé à cotiser 100 FCFA par mois. Là, également, quand cela a commencé à durer, elles se sont découragées.

A l’époque j’avais un contact avec les responsables d’un organisme d’appui (OA) ; j’ai cherché pour savoir s’ils étaient intéressés pour appuyer le groupement féminin dans la commune de Ségou. Ils m’avaient dit que oui, en principe, ils étaient intéressés.

Avec l’OA, on a monté un petit programme. C’était un programme de formation en teinture pour 21 jours et il y avait un petit équipement : la baignoire, les seaux qu’on devait acheter. On a acheté un peu de teinture, quelques tissus pour qu’elles puissent démarrer. Elles ont fait la formation avec cela. Elles ont commencé avec un fonds de roulement d’environ 150.000 FCFA (1.500 FF). Elles ont suivi la formation, maintenant elles produisent.

(Interview de M. Amadou MALET recueillie par Christophe Vadon, à Ségou, en 1999 - Fiche 495)


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Thème 3

Appuyer en même temps les divers domaines et penser aux sous-groupes vulnérables
Mots-clés DPH du thème : Enfant /
Niveau de Vie

 

Les différents domaines d’activités :

Il faut que les femmes soient capables de résoudre leurs problèmes et cela ne peut pas se faire à partir d’une seule activité ou d’un seul domaine. C’est pourquoi il faut renforcer leurs capacités en menant plusieurs actions d’appui à la fois.

Je crois que les changements que nous souhaitons par rapport aux femmes impliquent la conjugaison de beaucoup d’efforts différents. On est obligé de mener plusieurs actions pour arriver au changement de comportement et de savoir. Voisins Mondiaux

Les projets d’aide apportent peu de changements, en particulier parce qu’ils ne s’attaquent pas aux réels nœuds de blocage* : l’économie et le politique. C’est précisément l’articulation* entre ces deux dimensions qui fait trop souvent défaut. Alors, lancer les femmes dans des petits projets ordinaires n’est acceptable que si cela constitue une stratégie* de premier contact avec elles, pensée dans une perspective de renforcement de leur pouvoir économique et de leur place dans la société. L’aide ne peut pas tout faire et n’est pas compétente sur tout. L’ensemble de ces activités ne peut donc pas être aidé. Marie-Christine Gueneau

Dans les sociétés africaines traditionnelles, les paysans, et plus particulièrement les femmes, vivent leurs réalités familiales et communautaires sans faire de distinction entre le politique, l’économique le culturel et même le religieux ; tous ces volets contribuent de manière indissociable* à leur épanouissement et au développement. Jean Nya Ngatchou

Les enfants :

Il y a une tension entre leurs activités individuelles et leur travail au sein du groupe. Les femmes ont du mal à dégager le temps nécessaire pour les activités collectives.

Il convient de favoriser le développement d’activités sociales permettant la gestion collective des activités des femmes lorsque le partage familial des charges de travail n’est plus suffisant ou ne correspond plus aux besoins.

Dans ce cadre, il faudra protéger les petites filles à qui il est souvent demandé d’assurer le travail domestique des mères lorsque celles-ci sont occupées par leur entreprise, les privant ainsi d’école et d’enfance.

Il faudra aussi veiller à l’organisation de services de base pour les femmes (santé, etc.), aider à ce qu’ils soient économiquement viables et à ce qu’ils puissent donner des emplois aux femmes. La formation dans les divers emplois et services de base devra être assurée. Annick Miské Talbot

Un volet qui me semble très important dans l’appui aux femmes, c’est la petite enfance. Les petits enfants de 2 à 6 ans, qui n’ont pas l’âge d’aller à l’école, si tu les prends tôt sous forme de garderie d’enfants, tu peux leur apprendre à lire et à écrire et tu peux t’occuper de lutter contre la malnutrition, les problèmes de santé et en même temps tu les prépares à rentrer à l’école. Ce serait des classes communautaires. Cela existe déjà, on a commencé cette année, pour essayer de voir les résultats. Khady Sene


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Thème 4

Relier entre elles les différentes activités d’un groupement
Mots-clés DPH du thème : Strategie De Developpement
/ Strategie D'appui

 

Mme Khady SENE, responsable de la promotion féminine de l’association paysanne Jig Jam (Fissel, Sénégal), explique ceci :

1/ Quatre priorités : alphabétisation, entreprises, animation et communication :

A une ONG qui veut appuyer les femmes, je peux dire qu’il faut qu’elle prenne en compte les problèmes comme l’alphabétisation et l’entreprenariat rural. Cela peut être une entreprise telle qu’une unité de transformation et de conservation des produits locaux, des boutiques gérées par les femmes, des projets d’élevage, etc.

Il faudrait aussi un appui à l’animation de base, apprendre aux femmes reponsables à faire de l’animation. Ou les motiver par une petite indemnité et les appuyer à avoir un moyen pour se déplacer pour pouvoir toucher les différentes femmes. Si je prends mon exemple, je veux bien aller dans des villages qui sont à 12 ou 13 km et qui font partie de la collectivité, mais je ne peux pas y aller parce que je n’ai pas de moyen. Donc, pour appuyer à la sensibilisation, il faut intervenir en dotant les femmes, ou bien la responsable, de moyens de se déplacer pour faire son travail.

Il y a aussi les médias qui sont là, mais pour faire passer ton programme tu dois ouvrir un temps d’antenne, tu dois payer les émissions que tu veux faire à la radio. Pour ce paiement-là, tu vas identifier tant de minutes pour tant de jours dans le mois, et si le partenaire peut appuyer à ce montant, cela sera un appui aux femmes. Parce que ce sera plus facile pour celles qui doivent venir à la radio parler à toutes les femmes. Et cela peut animer au-delà de Fissel.

2/ C'est la caisse du groupement qui décide des prêts aux membres :

Si c’est un groupement de femmes membre de Jig-Jam, il est appuyé comme tous les autres groupements par l’intermédiaire de Jig-Jam. Jig-Jam recense tous les problèmes des groupements, les analyse avec les populations, pour arriver à sortir des solutions. Et les solutions vont définir les sortes d’activités à faire pour résoudre ces problèmes. Alors Jig-Jam élabore son programme*, qui sera un programme global pour tous les groupements qui adhèrent à l’association. Ensuite, il soumet le programme aux partenaires qui réagissent.

Jig-Jam a créé des instances de décentralisation dans l’association. Il y a un bureau, des commissions techniques et des coordinations locales dans les différentes communautés rurales. Une fois que l’appui arrive, Jig-Jam programme par coordination. Chaque coordination doit voter par rapport à son nombre de membres. A chacun, on verse des fonds par rapport à son nombre de membres. Et c’est aux coordinations de programmer chaque activité. On leur donne l’argent et ils vont au niveau des groupement pour les doter de cet argent. Jig-Jam appuie les groupements et ce sont les groupements qui appuient les membres parce que le groupement maîtrise bien les membres, alors que Jig-Jam maîtrise seulement les groupements.

Dans le temps, Jig-Jam appuyait le groupement à travers son président, mais maintenant il appuie la caisse du groupement. C’est au conseil d’administration de la caisse de voir où on va loger cet argent, dans quels volets : embouche, bergerie, petit commerce, etc. Quand le conseil a défini où va l’argent, les bénéficiaires savent qu’il y a telle ligne de crédit* qui est dans la caisse. Chacun doit faire sa demande par rapport à cette ligne de crédit.

(Propos recueillis par Séverine Benoit, à Fissel, en février 2000 - Fiche 488)


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Thème 5

Renforcer les Unions de groupements plutôt qu’aider directement
Mots-clés DPH du thème : Dependance

 

L’opinion de deux responsables féminines d’Union de groupements :

C’est mieux si l’ONG appuie les responsables des activités de l’association, plutôt que d’aller directement elle-même dans les villages faire de l’animation.

Il y a des ONG qui sont loin de Fissel. Pour faire venir ici leur animatrice, c’est difficile, alors il vaut mieux qu’elles donnent des fonds pour les femmes qui sont sur place et qui peuvent le faire. Il faut appuyer les responsables locales qui sont là. Les femmes rurales qui ne peuvent pas parler ni français ni d’autres langues c’est difficile de parler avec elles, alors que c’est plus facile pour nous qui sommes nées là. Khady Sene

C’est nous qui conseillons le groupement à appuyer. Je ne suis pas pour un appui direct du partenaire au groupement parce que seule l’union peut juger que tel groupement est fidèle ou infidèle. Si tu viens appuyer directement un groupement et qu’il y a un problème, tu ne sauras pas où te baser pour le régler. C’est un risque pour le partenaire. Il y a des groupements qui font des dégâts et qui ne veulent plus adhérer à l’union, qui se mettent à l’écart pour mener leurs propres activités. Si tu viens appuyer ce genre de groupement tu auras un tas de problèmes. Mama Gueye

La réalité : beaucoup d’intermédiaires :

Un groupement débutant aime être aidé directement par le bailleur de fonds. Une Union de groupements expérimentée considère que mettre l’aide en place est sa responsabilité. Sur le terrain, personne ne défend les organismes d'appui et pourtant ils sont de plus en plus nombreux. Christophe Vadon

Le risque : que chacun voie son autonomie se réduire :

La relation d’aide met en jeu l’autonomie de chacun des acteurs, publics comme privés, sauf rares exceptions d’ONG complètement autofinancées*. L’autonomie de celui qui aide paraît évidente mais cela est trompeur : la main qui donne dépend, elle aussi, de la main qui reçoit : " C’est moi qui vous nourrit ", disait un assisté lucide aux assistantes sociales* de son quartier. On ne peut mieux dire combien chaque intervenant dépend à la fois de son bailleur et de son public.

Aujourd’hui, les acteurs liés au système d’aide sont de plus en plus nombreux. Agissant dans des structures apparemment fort diverses, ils ont des intérêts et des comportements souvent très semblables. Chaque acteur risque d’être subordonné. Une double subordination en fait : d'un côté, pour convaincre le bailleur de fonds, le chargé de programme (ou tout autre intermédiaire) dépend de la fiabilité du demandeur d’aide ; de l’autre côté, pour réaliser son propre programme, celui qui demande dépend des intentions, des capacités et des intérêts de l’intermédiaire placé au-dessus de lui.

Celui qui cherche de l’aide a tendance à adapter sa demande en fonction de ce qu’il connaît des priorités et des tabous de son donateur. Le document de projet est le lieu de cette compromission*. Chaque intermédiaire tend alors à concevoir ses propres programmes, non plus en fonction de ses priorités et des contraintes locales, mais aussi - sinon surtout - en fonction de sa chance de faire arriver l’aide.

Marie-Christine Gueneau et Bernard Lecomte, " Sahel : les paysans dans les marigots de l’aide " (L’Harmattan, 1998), page 169


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