| Changer
l'Aide, c'est notre affaire à Tous Sommaire / Descriptif / Les fiches DPH |
||
|
Serie
AF: Aide aux femmes |
||
|
Un organisme daide ne fait pas nimporte quoi. Il a ses propres idées. Souvent, il a tiré des leçons de son expérience. Et, presque toujours, il doit respecter les règles que lui impose(nt) son(ses) bailleur(s) de fonds. Ce livret permet de repérer quelles sont les principales " conditions " pour que les femmes obtiennent de laide. Et aussi, de discuter de ce quelles nacceptent pas de la part dune OA qui voudrait trop les diriger.
Thèmes: Mots-clés
DPH: Chaque
organisme daide a sa propre idée sur sa façon daider
les femmes
Voici, par exemple, les 5 principes dune ONG américaine qui travaille en particulier dans la région de Ségou au Mali. Ces principes ont été exprimés lors dune interview collective par les agents maliens de lONG. Ils sont les suivants : 1/ Pour toutes nos activités, nous partons des besoins des communautés. Nous les aidons à arranger leurs problèmes et à y trouver des solutions 2/ La politique de lONG nest pas de financer totalement. Chaque fois la communauté donne une contribution. Généralement, tous les équipements sont subventionnés mais dans tous les cas il y a une participation des populations. Soit cest subventionné et la population participe dun tiers, soit cest des prêts. 3/ On travaille avec les hommes et les femmes. On élabore les programmes avec les populations, à partir de leurs besoins. Et les activités sont programmées en conséquence. Donc il peut y avoir des activités pour les femmes et les hommes, et il peut y avoir des activités spécifiques aux femmes ou spécifiques aux hommes. Cette année, par exemple, il y a eu lépargne-crédit*. On a prêté de largent aux femmes, uniquement aux femmes et pas aux hommes. Ceci parce quavec notre expérience on a appris quen matière de crédit les femmes sont plus correctes que les hommes. Il y a des crédits pour les hommes, comme par exemple pour le matériel agricole, mais lépargne-crédit, cest seulement pour les femmes. Les femmes gèrent facilement les choses communautaires, elles ont lhabitude davoir des caisses communautaires et, pour leur champ collectif, elle gèrent cela très bien, mais ce nest pas avec les hommes !! Les hommes nont pas de champ collectif cultivé en commun. Les femmes soccupent de leur champ et les hommes du leur. Par contre, pour les problèmes collectifs qui concernent tout le village, comme par exemple le creusement des puits, là cest tout le village que nous épaulons. Le planning familial aussi est mené en commun entre les femmes et les hommes. 4/ Un des points forts du programme, cest la responsabilisation des femmes. Il faut éviter de venir avec des " recettes* " toutes faites. Nous partons de ce quelles désirent et les activités sont menées en conséquence. Nous les formons à mener ces activités et on les responsabilise entièrement dans leurs activités. Actuellement, elles font partie dune organisation féminine qui touche 24 villages. Cette association travaille de concert avec les hommes. Donc, les femmes ont aussi leurs propres structures. 5/ Ce quon peut encore ajouter, cest peut-être le renforcement des structures traditionnelles des femmes. Cest notre stratégie. On est parti des structures traditionnelles et ont les a renforcées. Dans les villages certaines organisations ont des présidentes très âgées, mais on na pas voulu faire systématiquement des changements radicaux, on a plutôt préféré partir de ces structures traditionnelles. Les structures sont en train dévoluer, à travers les formations ou les visites déchange mais, souvent encore, lorganisation nest pas très bonne. Certains responsables, par exemple, cumulent les responsabilités : une trésorière peut également être secrétaire, par exemple. Des améliorations sont en cours. (Interview du groupe Voisins Mondiaux, recueillie par Séverine Benoit, à Ségou, en février 2001 - Fiche 465) Retour
Faut-il
qu'elles soient organisées ?
" Donner aux femmes individuellement, cest les encourager à se disputer ". Noyau APCD Dun côté, beaucoup dOA lexigent : Ne pas mettre largent directement dans les mains des bénéficiaires si les femmes ne sont pas regroupées en association ou en tout autre structure crédible. APCD Il faut que les femmes aient une structure, quelles la déclarent comme association, et là, elles pourront bénéficier directement des fonds quelles auront demandés. On se rend compte que souvent les associations de femmes sont informelles, et cest vrai que les bailleurs ne financent pas les associations qui nont aucun statut juridique*. Rencontre AGADA Nous, au GRAIF, nous travaillons avec des femmes très démunies mais nous ne travaillons pas individuellement avec chaque femme, nous travaillons avec des groupements de femmes : la solidarité et lépargne collective sont la condition* solidaire pour leur permettre d'accéder à l'aide. Par exemple, une femme du village qui était là quand on a démarré et n'a pas voulu participer au début, si maintenant elle voit que tout est rose et qu'elle veut participer, les femmes du groupement vont lui dire : " On va calculer tout ce qu'on a mis depuis tant d'années et si tu as les moyens, tu nous rembourses tout ça, sinon tu continues à te débrouiller seule ". Josephine Ndione Dun autre côté, lexigence de se grouper peut être nuisible : La " structuration " est devenue beaucoup plus formelle quautrefois, parce quavant les femmes étaient organisées mais dune manière traditionnelle, informelle, alors quactuellement on voit des GIE* avec des papiers, et toute sorte dassociations. Dans certains cas, des associations sont organisées dune manière assez solide et ne sont pas créées seulement pour obtenir laide. On en voit dautres qui se sont organisées uniquement par besoin daccéder à laide et parce que pour cela, il faut sorganiser comme laide le demande ; sinon, peut-être que le côté social serait encore privilégié par certains groupes. Joséphine Ndione Il faut alléger les conditions exigées par les organismes daide. Le regroupement ne doit pas être la condition sine qua non des appuis à apporter aux femmes. Noyau ASET On peut dire que jusquici notre OA, lASSAILD, a travaillé plus pour les Organisations Paysannes elles-mêmes, et pas assez pour les gens qui sont dans ces organisations. Fidèle D. Kanayo Retour
Faut-il
un apport financier de leur part ?
" Cesser de donner sans leur demander leur propre apport ". Membres de la Radio rurale de Bignona Deux exemples de façons de faire : Quand une demande d'appui arrive au GRAIF, on l'étudie. On va discuter avec le groupement et on explique notre méthode d'approche, nos techniques de travail. Ils réfléchissent sans nous quelque temps. Après on leur demande s'ils sont toujours intéressés. Si oui, on leur propose leur adhésion. Quand il adhère au GRAIF, le groupement verse 5000 F et les membres versent chacun 500 F au groupement. Et ensuite, le GRAIF refuse d'aider pour un projet sans l'apport direct des bénéficiaires. Il n'y a pas de cadeau, ni de don, il faut transpirer. Le gouvernement ne fait pas de cadeau, les bailleurs de fonds ne font pas de cadeau donc il faut qu'on transpire nous-mêmes pour avoir quelque chose. Et cela fait plaisir de savoir que cela c'est notre propre bébé. Les groupements sont fiers, par exemple, d'avoir mis en place leurs boutiques grâce aux cotisations en nature et aux prestations de service rendues par leurs membres. Ceux-ci font des travaux rémunérés. Au départ, l'argent est mis dans une caisse. C'est ce qui permet de mobiliser l'apport propre collectif de lactivité " boutique villageoise ". Et ainsi de suite. Josephine Ndione Un bailleur peut subventionner une OP ou une OA, mais il doit demander à lorganisation qui va gérer largent de ne pas le donner gratuitement aux villageois. Nous, nous recevons des subventions de lUnion Européenne et de diverses ONG mais, une fois que cela va sur le terrain, cela devient des crédits. Kebe Ndieme Ndiaye Pourquoi cette exigence est-elle reconnue comme nécessaire ? Si laide est trop facile et quà chaque fois que la femme a besoin dêtre aidée elle tend la main, et quon lui donne ce dont elle a besoin sans une certaine rigueur, elle va mal gérer l'aide. Cest pourquoi on insiste pour que, même si tu es démunie, tu fasses un apport. Pas de subvention gratuite ! Cest pour sécuriser laide. Si cest totalement gratuit, il y a des risques déchec. Cest pourquoi nous insistons beaucoup sur lapport personnel. Parce que quand tu as ta petite bourse quelque part, tu la surveilles, mais si cest de laide tu te dis : " cela cest de largent quon nous a donné, seulement ! " Kebe Ndieme Ndiaye On doit exiger un apport des femmes avant quelles ne reçoivent laide. Elles doivent faire quelque chose et laide vient renforcer ce qui se fait. Quand les femmes commencent avec une subvention, cest fini, elles perdent le sens de leffort. APCD Il faut les aider dans tous les domaines. Mais il est important quon leur explique, quon leur présente les " sacrifices " que certains font ailleurs pour elles afin que cela les mobilise davantage. En fait, il est important quelles sachent quil faut réussir après ces sacrifices. Olinga Ayissi Retour
Faut-il
quelles soient alphabétisées ?
" Ce sont les femmes qui ont demandé à être alphabétisées car largent de leurs activités collectives était géré par les hommes (qui, eux, savaient calculer) et elles nétaient pas au courant de tout ". Joséphine Ndione De rares OA en font une condition pour certains appuis : Dans telle maison rurale du Sénégal, les responsables exigent que les bénéficiaires du crédit soient alphabétisées. A ce moment-là, les femmes sont obligées de salphabétiser avant daccéder au crédit. En tous cas, pour avoir accès à un crédit consistant, il faut que tu saches lire et écrire, pour pouvoir gérer. Kebe Ndieme Ndaye A lAFBO, nous pensons quil est bon davantager les femmes alphabétisées dans leur demande dappui ou daide auprès des structures partenaires. Madeleine Barry Les OP ne trouvent pas toujours les moyens pour alphabétiser : Jig-Jam au départ, son activité principale était lalphabétisation, mais dans ce cas il avait un partenaire qui laccompagnait dans le processus. Et avec lalphabétisation, le volontaire ou bien le moniteur qui doit alphabétiser, quelque chose lui est dû ; cela ne peut pas être seulement bénévole*, sinon il ne peut pas faire son travail correctement. Et les villageois ne pouvaient pas prendre en charge cela, ce qui nous a poussé à laisser cette activité. Mais on sait que cest une activité principale qui doit être instaurée au niveau de Jig-Jam pour pouvoir faire participer toutes les femmes. Il y a des femmes qui sont capables dêtre responsables, mais qui nosent pas parce quelles ne savent pas lire ou écrire. Lalphabétisation devient essentielle dans ce cas-là. Khady Sene Un exemple au Sénégal : Dans notre programme dalphabétisation, nous avons un " grenier à livres ", une mini librairie* au marché de Thiès. Cest comme cela que nous pouvons vendre nos livrets au néo-alphabétisés et cela sert aussi de bibliothèque* parce que les femmes viennent lire là-bas, s'informer. Les femmes rurales, quand elles viennent au marché, elles viennent le plus souvent avec des produits, alors elles essaient dacheter un livret, ou bien le temps quelles vont attendre pour vendre leurs produits elles vont lire. Nafissatou Diedhiou Dans beaucoup de programmes dappui, lalphabétisation joue un rôle essentiel. Ainsi au Mali : On a constaté que les femmes qui viennent pour les sessions dalphabétisation à Ségou, cela leur permet déchanger. Et une fois quelles rentrent au village elles sont plus décontractées que celles qui sont restées au village. Elles deviennent des locomotives pour les autres femmes, des leaders. On distingue aisément celles qui ont suivi les formations de celles qui nen nont pas suivi. La formation joue un rôle important parce quune fois quune femme se voit en train de tenir un cahier, de recenser les besoins des autres femmes ou bien de tenir un document de gestion, elle se sent responsable de quelque chose. Et sil y a des réunions, même importantes, ces femmes-là sexpriment de plus en plus, surtout quand on les amène ici, quon les regroupe pendant ces sessions dalphabétisation. Ce sont des sessions dune durée dun mois et elles sorganisent entre elles, cest elles-mêmes qui gèrent la session. On désigne des secrétaires, cest à dire celles qui prennent note de tout ce qui se passe. Les femmes vont faire les achats elles-mêmes et il y en a une qui est chargée de tout noter. Donc ce quelles sont en train dapprendre elles lappliquent en même temps, au cours des formations. Même pour les pesées des bébés, elles vont peser les céréales. Cest pour vous dire que lalphabétisation ce nest jamais une alphabétisation pure, il y a toujours quelque chose qui est lié pour les aider à appliquer ce quelles apprennent. Voisins Mondiaux Retour
Et
du côté des femmes, à quelles conditions accepter
ou refuser laide ?
Notre condition essentielle : " garder notre autonomie " : Lappui de lONG X a été négatif. Cest une ONG qui fait du microfinancement auprès de laquelle on a fait des démarches et ils devaient nous appuyer pour un crédit. Mais ils ont posé des conditions, " il faut faire ceci ", " il faut faire cela " Alors les femmes ont refusé parce que nous voulons garder notre autonomie. On a rompu avec lONG X. On leur a dit quon ne voulait pas être conditionnées dans nos activités. Leurs conditions étaient, par exemple, que nous ayons un fonds disponible de 1.700.000 FCFA (1.700 FF) comme fonds propres. Quand lONG X est venue, on lui a présenté les 1.700.000. Mais elle nous a dit : ça cest un fonds collectif, pour que je vous appuie, il faut que chacune dentre vous ressorte de sa poche 10.000 FCFA (100 FF). On lui a dit que tout le monde faisait partie du fonds collectif. Mais eux voulaient que chacune dentre nous se présente et participe de sa poche. Alors nous avons refusé, parce que les femmes avaient déjà cotisé, on ne pouvait pas les refaire cotiser individuellement. Nous aimons travailler en association ou bien en union. Mais lONG préférait que chaque femme travaille individuellement avec elle. On a essayé de discuter mais cela na pas abouti. LONG a toujours conservé sa position et nous avons conservé la nôtre. Ndeye Yacine Diouf " On leur a dit que lon ne voulait pas être conditionnées dans nos activités ". Ndeye Yacine Diouf Chercher un partenaire qui ait la même vision* que nous : OXFAM ne nous dit pas : " APROFES, vous allez intervenir dans lenvironnement ou seulement avec les femmes, ou comme ceci, comme cela ". OXFAM nous dit : " Faites une étude du milieu et en fonction des besoins exprimés, soumettez-nous un programme. Cependant, il faut quand même que le programme vise lémergence et le renforcement de la société civile ". Et comme cette condition rencontre notre vision* du développement, cest un " partenaire " : ce nest pas largent qui nous lie à OXFAM, on a des difficultés, on a des problèmes, OXFAM arrive, on en discute et on essaye de leur trouver des solutions ensemble. Binta Sarr En exigeant que les différents OA se concertent entre eux : A tel endroit, il y a beaucoup dorganisations dans une même localité, qui font la même chose. Il faut demander à ces organisations de se concerter. Par exemple la MFR fait de lembouche, alors on appuie la MFR seulement en embouche. Une ONG fait des puits, et son appui va se limiter aux puits. Mais parfois, différentes organisations font la même chose avec les mêmes personnes. Et sil ny a pas un programme commun entre les diverses organisations, on risque de mettre trop de sous dans une même localité et cela ne fait quamener beaucoup de problèmes. Kebe Ndieme Ndiaye Retour |
||
|
|
||
|
GRAD France,
228 rue du Manet, 74130 Bonneville (France) GRAD Suisse,
CP 5833, 1211 Genève 11 (Suisse), |
||