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Serie AF: Aide aux femmes
Pendant des années, les femmes des villages et des quartiers ont été négligées par les agents d'aide extérieure. Aujourd'hui, au contraire, les femmes sont devenues des interlocutrices incontournables. Quelles chances et quels problèmes apportent ce changement ? Comment rendre cette évolution utile à tout le monde?

Autonomie

Aide aux Femmes

Maîtriser l'aide pour arriver à nous en passer

Du projet à la convention de partenariat

Appui aux Organisations Paysannes Débutantes


AF6 - L'expérience d'une responsable d'animation féminine burkinabée

Permettre de partager l'expérience et la réflexion de Madame Mariam Maïga, animatrice, qui a travaillé depuis 1980 dans plusieurs organisations pour épauler des groupes de femmes dans diverses zones rurales et urbaines du Burkina Faso.

Thèmes :
Est-ce préférable d'aider des groupes ou des personnes?
Que peuvent faire pour les villages ceux qui désirent les aider?
Comment les femmes font-elles pour avoir de l'aide?
Les contraintes de gestion imposées par les bailleurs de fonds peuvent nous apprendre à bien gérer
La justification des dépenses peut devenir un moyen de faire progresser un groupe
Un organisme d'appui, cela vous aide au-delà de l'aide en argent
L'Aide rend-elle plus autonomes ou plus dépendants ceux qui la reçoivent?
C'est quoi, " faire du développement "?

Mots-clés DPH:
Agent de développement
Formation permanente
Innovation

 

Thème 1

Est-ce préférable d'aider des groupes ou des personnes ?
Mots-clés DPH du thème : Identite Sociale

 

Est-ce que ce sont les organismes d'appui (OA) qui exigent de travailler en groupe plutôt qu'avec les individus ?

Les gens ici avaient l'habitude de se regrouper, mais bon ! Notre gestion avant, c'était quoi ? C'était vraiment la tradition, les gens n'étant pas alphabétisés, tout se faisait comme ça, on retenait tout dans la tête : "toi tu fais ça, moi je fais ça". Rien n'était matérialisé, on ne voyait pas. Mais actuellement, avec tout ce qui se met en place, les gens évoluent, on n'est plus au stade de l'oral seulement, il faut écrire, il faut garder des documents, il faut les présenter, etc. Et cela nous contraint à mieux nous organiser. Quand on a le souci de bien s'organiser, on a aussi le souci d'être compétent et on va chercher la compétence.

Et pour revenir aux bailleurs de fonds, je pense que les deux idées se tiennent : c'est mieux quand on aide une communauté bien organisée plutôt qu'un individu, parce que c'est plus efficace et parce que même si l'individu n'est pas là le travail continue. J'ai organisé des groupes de femmes qui actuellement sont autonomes, même si je ne suis plus sur le terrain avec elles. Je me dis que si les bailleurs de fonds agissent dans ce sens, ce n'est pas mal en soi, cela permet à toute une génération de profiter de leur appui et, par la suite, de chercher d'autres outils puisque, plus on avance, plus on a besoin de nouvelles méthodes pour continuer. Mais si c'est un seul individu, je crois que cela n'est pas facile en soi. C'est ce que je pense. Et le fait d'aider un groupe de personnes prouve que ce groupe-là est capable de se gérer. Car s’il ne peut pas se gérer, si vous mettez des financements, un jour il y aura des problèmes. Donc traditionnellement on avait notre habitude de se retrouver ensemble, de s'organiser, mais le monde est perpétuellement* en mutation*. Toi et moi on peut travailler pendant longtemps ici, discuter des choses sociales et autres, mais quand nous allons aborder l'aspect financier, il faut que je comprenne ! Et si les gens ne sont pas bien formés, cela peut entraîner des querelles et le groupe peut se disloquer. Mais si les gens sont formés, bien formés d'abord en groupe, cela ira. Voilà pourquoi on met beaucoup l'accent sur l'organisation d'abord des communautés, avant d'aller chercher des financements.

Dans les communautés bien formées, si vous les financez, les gens savent qui est responsable de quoi et les activités se poursuivent sans problème, et les gens se disent : "Cette aide-là c'est pour nous tous, ça n'est pas pour Marie ou pour Mariam; c'est pour tout le village". Donc, tout le monde a l'œil sur ce que vous avez mis en place. Mais actuellement, sincèrement, moi je ne suis pas pour l'aide individuelle. Peut-être l'aide individuelle à travers un groupe ?

Pour être utile, il faut d'abord organiser les gens pour que cela dure. Après, le financement, ils peuvent le trouver par eux-mêmes. Je crois que par cette approche-là aussi on montre l'autonomie de leur structure*. Bien organisées, elles peuvent taper à la porte de certains projets d’aide pour dire : "Voilà, nous, nous avons fait ça, nous voulons faire ça". Il ne faut pas que la recherche de financement soit liée à ta personne automatiquement. Il faut donner aux femmes tous les moyens de s'instruire pour qu'elles puissent aller négocier avec des partenaires sans l’animatrice, et leur dire : "Voilà, nous sommes un groupe de femmes organisées dans tel village".


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Thème 2

Que peuvent faire pour les villages ceux qui désirent les aider ?
Mots-clés DPH du thème :
Reseau D'information

 

Est-ce qu'il y a un conseil que tu pourrais donner aux bailleurs de fonds qui aident à l'évolution du monde rural ?

(Mariam rit). Le monde rural ? C'est dire aux bailleurs seulement que c'est une affaire difficile ! On n'en finit jamais avec ça. Surtout dans notre pays, le Burkina Faso, puisqu'on est lié aux problèmes de pluviométrie. Cela veut dire que c'est quelque chose qui est là tout le temps ! Et dont les formes peuvent varier : si une année on a de bonnes pluies, bon, tout est bien parti ; mais une année sans pluie remet en cause beaucoup d'actions et de programmes qui ont déjà démarré. Sinon, je crois que le monde rural se développe toujours !!!

Certaines aides exigent trop de nous : au début on vous donne un financement, après on vous dit : "voilà, notre financement on exige qu'il soit investi dans tel ou tel domaine". Cela c'est de l'aide qui impose, qui ne tient pas compte de notre réalité. Et quelquefois on est là, on a besoin d'argent mais si on prend cet argent, on est contraint de l'utiliser pour telle chose qui n'est pas forcément notre désir.

Au niveau de l'Afrique, vraiment, on a une mentalité lente. Or, pour certaines aides il faut obligatoirement justifier, rendre des comptes pour telle période à tel moment, et quelquefois on a des problèmes pour pouvoir rester dans ce volet avec elles.

Et puis, comme les bailleurs de fonds sont bien formés, s’ils pouvaient de temps en temps descendre sur le terrain discuter avec les gens… on peut accompagner les gens sans les frustrer, tout ça aussi c’est de la formation.

Et bien sûr certaines fois il y a des gens qui ont peur de certains bailleurs de fonds parce qu’on a l’impression qu'ils viennent en croyant que vous avez détourné, ou bien que l'aide ne va pas vraiment dans le domaine défini.

Je crois que tout ça c’est un problème de mauvais partenariat. Si vous êtes en bonnes relations pour travailler, vous-mêmes - avant que ça arrive à ce stade d'incompréhension - vous allez informer votre bailleur de ce qui se passe. Mais certaines personnes changent de voie, ne le disent pas au bailleur, ne donnent pas d’informations et puis bon, cela casse.

Enfin, il faudrait que les bailleurs arrivent à développer des canaux d’information pour que les gens aient d’autres ouvertures, puissent "voir ce qui se fait ailleurs". Surtout de l’information par des exemples concrets. Si on fait un film sur un pays d’Afrique face à la faim, à la famine, comment les gens sont arrivés à développer des programmes, à enrayer la faim, ces images là sont intéressantes à véhiculer* dans un monde en développement comme notre pays, par exemple. Montrer chaque fois des images qui traduisent l’effort des communautés à aller de l’avant.

Tout cela veut dire que les partenaires doivent être en relation entre eux, discuter. Parmi les partenaires, il y a des techniciens qui n’ont pas d’argent mais qui ont leur tête, qui peuvent aider à concevoir, à mettre en place une démarche positive, et tout cela est important à prendre en compte dans le monde rural.


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Thème 3

Comment les femmes font-elles pour avoir de l'aide 
Mots-clés DPH du thème :
Genre

 

Quels conseils donnerais-tu aux bailleurs de fonds pour que l'aide soit plus profitable aux femmes ?

Il faut vraiment que l’aide aille directement aux femmes. Directement, c’est aussi quand le bailleur a la possibilité de venir les voir, qu’il connaisse les localités là où l’aide va être utilisée. Cela c’est une première chose; que l’aide aille directement aux femmes sans … Vous voyez, les femmes ont toujours peur des grosses sommes; or, moi j’ai vu des bailleurs répondre à des femmes qui ont conçu leur projet, où elles n’ont besoin que d’un million : "on ne peut pas vous donner un million. Nous on ne rentre pas dans les histoires d'un million. Il faut que ce soit 10 millions !" Cela fait peur aux femmes. Si elles vous soumettent des projets, tenez compte de leur demande. Si vous arrivez à les satisfaire et à les former (parce que votre financement fera appel à une formation), après, ces femmes là qui ont demandé un million pourront demander ensuite peut-être deux millions. Il faut les accompagner. Elles demandent un million et vous dites : "si ce n’est pas 7 millions je ne finance pas", comment vont-elles faire ? Elles vont aller inventer les 6 autres millions ? Elles ont demandé un million en fonction de leurs capacités et de leurs connaissances. Peut-être que si ce sont les hommes ils pourront vite repartir et remettre une nouvelle demande ! Même, si vous voulez, à 10 millions !! Mais ensuite, est-ce que la gestion ira bien ?

Si les partenaires pouvaient tenir compte de leur demande, quel que soit son montant, et donner satisfaction aux femmes, ça les mettrait en confiance. Mais si je fais un projet d’un million et qu’on me dit qu’il faut 7 millions, qu’est-ce que je vais me dire à moi-même ? je vais me dire : "qu’est-ce qui ne va pas ?, suis-je incompétente ? ", ou bien : "quels éléments faut-il aller chercher pour faire les autres six millions ? ". Cela me met en doute sur moi-même.

Au niveau du Burkina Faso, si les femmes arrivent à ne pas s'isoler, elles peuvent faire des demandes et puis déposer au niveau des ambassades. Si vous déposez au niveau des ambassades, surtout l'ambassade du Danemark, il y a là des gens qui ont des fonds de micro-projets pour soutenir les femmes. Ce sont les femmes qui font la première démarche. S'ils acceptent, eux vont ensuite venir au village vous connaître, discuter, s'ils sentent que vous êtes capables, ils vont vous financer.

C'est comme ça aussi qu'on va arriver à mettre la cause de la femme devant. Ce sont les hommes qui ont toujours négocié, les hommes qui vont négocier en notre nom, pourquoi pas nous-même ? Il faut que les femmes apprennent. Si vous avez une moto vous prenez une d'entre elles, si vous avez une voiture, vous en prenez plusieurs et vous partez ensemble au niveau d'une ambassade, vous déposez votre requête. C'est par ce processus qu'on peut arriver à responsabiliser les femmes et à leur montrer aussi que l'argent, il faut aller le chercher. C'est une question de démarche. Il y a des organismes qui sont prêts à défendre la cause de la femme, mais il faut que la femme aussi arrive à défendre son morceau.


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Thème 4

Les contraintes de gestion imposées par les bailleurs de fonds* peuvent nous apprendre à bien gérer
Mots-clés DPH du thème : Gestion

 

L'aide est-elle plutôt contraignante* ou plutôt souple* ?

Pour toute chose il faut arriver à mettre en place ce qu'on appelle la confiance. Certains bailleurs donnent un peu pour voir comment vous allez réagir. Si vous arrivez à bien travailler et si vous arrivez à justifier* chaque franc, prochainement encore on peut ajouter un peu. Si vous arrivez à travailler ensemble pendant cinq ans, en maintenant la même confiance, après, vraiment, il n'y a pas de problème. Moi j'ai quand même connu des bailleurs de fonds qui sont bien, qui financent en tenant compte de nos réalités. Seulement, même ces bailleurs-là ont toujours besoin qu'on leur rende compte et je suis tout à fait d'accord avec cela. Je ne peux pas travailler sans rendre compte.

Certaines associations ici veulent recevoir l'argent mais ne veulent pas justifier. Alors on ne sait pas ce qui se passe. Parfois, ils changent le projet et ils ne verront même pas le bailleur pour dire : "voilà, on avait voulu faire ça, mais (par exemple) un autre bailleur nous a financé et nous vous proposons de changer cela et cela". Ce n'est pas une façon de faire ! Quelquefois, on trouve que les bailleurs externes sont contraignants mais il faut reconnaître aussi que souvent c'est lié à notre faiblesse de gestion ! A partir du moment où les finances sont utilisées dans les domaines précis, moi je ne vois pas les contraintes. Et si un bailleur de fonds dit : "j'arrive tel jour", il n'a qu'à venir, vous discutez en travaillant, vous venez sur le terrain avec lui. Si les gens ont souvent des problèmes avec les bailleurs, c'est que l'argent n'a pas été utilisé comme il se doit.

Voici un exemple de rigueur de gestion :

A Terre des Hommes-Genève, on est très exigeant. Moi, ça me plaît d’apprendre tout cela. Par exemple quand on doit acheter quelque chose, on cherche d'abord à savoir quel est le prix le moins cher un peu partout. Et là pour le groupe de jeunes filles que je forme, je les forme comme ça. Cela montre que l’argent a de la valeur. C'est une structure suisse. Ils sont là pour nous aider, l’appui qu’ils nous apportent, ils ne vont pas l'emporter, ils ne vont pas repartir avec. Certains ici croient qu'une fois que le bailleur a envoyé de l'argent, il faut le dépenser, il faut le finir. Non, si l’argent reste, il peut être réemployé encore pour agrandir l’activité ou pour la renforcer.

Dans tout programme de développement, le bailleur qui finance ne sera jamais mécontent si dans votre rapport vous arrivez à lui dire : "vous m’avez donné un million, mais je suis arrivée à faire mon travail avec 500.000; avec votre permission, j’aimerais utiliser les 500.000 pour ça". Je crois que le bailleur sera très heureux car il saura que vous aussi vous avez le souci d’économiser, et que vous ne le prenez pas seulement en tant que bailleur de fond,s mais en tant que partenaire. C'est à dire qu'on arrive à discuter franchement avec lui. S'il y a augmentation du coût prévu, qu’on lui dise : "on vous avait soumis ce projet mais on se rend compte que les prix ont augmenté, si vous en avez la possibilité, merci de nous ajouter tant de francs" et s’il y a réduction, que vous arriviez aussi à le dire. S'il y a une certaine ouverture d’esprit on peut, lui et toi, s’accompagner longtemps. Mais il faut que nous on ne prenne pas les bailleurs de fonds pour des gens qui ne souffrent pas pour trouver l’argent.


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Thème 5

La justification des dépenses peut devenir un moyen de faire progresser un groupe
Mots-clés DPH du thème : Capacite / Ressource Humaine / Suivi Controle

 

Quel est le meilleur souvenir que tu gardes d'un partenaire* ?

Le meilleur souvenir des partenariats que j'ai connu c’est la confiance des partenaires. Et puis, bon, j’ai reçu quelques fois des lettres pour dire : "vraiment, tes pièces justificatives sont bien faites". Je trouve que c’est intéressant, mais c’est vrai que pour mériter ça, c’est un travail fou. Par exemple, quand je finis un projet, tout le monde qui a reçu une partie du fonds le justifie, et cela est dur et retarde. Depuis le mois de mai, je voulais envoyer des justificatifs au projet "fixation des jeunes". Des jeunes ont pu faire la pépinière et la culture maraîchère. Ce n’est qu’aujourd’hui (six mois après le délai !) que j’ai pu envoyer cela parce que tout simplement j’ai une méthode de travail qui implique ceux qui exécutent. Ceux-là dépensent et prennent des reçus. Après, moi, j’ai besoin qu’ils s’assoient pour mettre en forme tous ces reçus. Quand moi je reçois l’argent, je leur donne en indiquant par écrit la date, la source. Après j’ai besoin qu’ils me justifient la somme parce que je vais prendre ça et l'envoyer au donateur. Même jusqu’à 1 Franc de différence, je ne prends pas ! Mais c’est intéressant car cela leur apprend à gérer. A leur niveau ils vont dire : "voilà c’est telle personne qui a acheté la chèvre, c’est telle personne qui a acheté la charrette ou l’âne. Puis il faut mettre tous les reçus ensemble". Et les jeunes sont contents.

Il faut faire ça pour impliquer les gens, sinon vous allez être seule à chercher tout, à faire tout, à gérer tout. Et si vous gérez seule, vous serez seule à faire tous les papiers, et quelques fois il y aura des personnes qui vont dire qu’elles n’ont rien compris, alors vous vous énerverez, en vous disant : "pourtant j’ai travaillé de façon simple !".

Quand on dit gestion, c’est tout un ensemble de choses qui font avancer votre structure. Vous recevez une lettre, il faut répondre ; vous recevez un financement, il faut répondre; vous finissez de travailler, il faut rendre compte. Cela c’est la base d’une coopération.

Et tu crois que cela leur apprend à gérer ?

Oui, car c'est eux qui dépensent et réalisent. Je leur ai donné l’argent, ils ont acheté la moto-pompe, ils ont acheté l’essence, ils ont acheté du grillage, des semences, ce ne sont pas mes pièces justificatives mais les leurs ! Moi je ne fais que les aider à mettre en forme pour envoyer au bailleur. Parce que la comptabilité qui se fait dans le développement n’est pas la même que celle qui se fait au commerce. Moi, je n’ai aucun intérêt à garder des pièces de carburant, de moto-pompe ou quoi. C’est eux qui ont acheté, ils savent qu’on a mis à leur disposition tant de francs, ils savent ce qu’ils ont dépensé, ils savent ce qui leur reste. Et c’est à partir de cela qu’ils vont faire un rapport de rentabilité, parce que d’ici deux ans, il faut qu’ils arrivent à dire : "avec cet appui, nous sommes arrivés à tel stade".

Au départ, vous mettez tout le monde avec vous, de temps en temps vous vous arrêtez, vous prenez un tableau, vous mettez au tableau et vous regardez :  "voilà, par rapport à telle dépense, qu’est-ce que vous avez dépensé ?" Ils ont leur compte : "Ah ! nous on a acheté cela tant de francs, nous on a acheté ceci tant de francs, pourtant notre disponible au départ c’était tant, et maintenant il reste combien ?" Et ils font les calculs. Moi j’ai toujours travaillé avec les gens comme ça. Et cette façon de travailler vous enlève tout doute, vous êtes au clair, vous ne perdez pas de temps.

Mais dans certaines associations, il faut que le même bailleur qui a financé trouve quelqu’un pour venir rester au Burkina pour les aider à collecter toutes les pièces et tous les rapports ! Ce n'est pas normal. L'association doit faire ça sans que quelqu’un vienne de l’extérieur.


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Thème 6

Un organisme d'appui, cela vous aide au-delà de l'aide en argent
Mots-clés DPH du thème :
Connaissance Mutuelle / Forme d'aide

 

As-tu eu des contacts avec des bailleurs de fonds ?

Oui, mais pourquoi un bailleur de fonds ? Un bailleur de fond ou une ONG du Nord, c'est quoi en fait ? C'est quelqu'un qui se soucie aussi de ce que nous on fait ici, c'est pas seulement l'argent. Parfois on est en contact avec un individu sans savoir qu'il est bailleur de fonds. Moi ça m'est souvent arrivé. Des gens viennent pour voir les réalisations et moi je les prenais seulement pour leur faire voir ce que nous faisions, discuter avec les gens, voir l'organisation mise en place pour la garantie et la survie du groupe, etc. sans avoir en arrière-pensée que c'est un bailleur de fonds. J'ai beaucoup travaillé comme cela avec ceux qui ensuite nous ont aidés.

Celui qui nous aide, celui-là, pour moi, c'est quelqu'un qui se soucie de notre organisation, qui voit comment on se débrouille pour vivre, comment on se débrouille pour nous développer nous-mêmes, etc. Et peut-être qu'en dernière casquette la personne peut être bailleur de fonds mais moi je ne m’en rends pas compte.

C'est par la suite, après, qu'il y a des réactions. Des gens écrivent et disent : "voilà, nous avons visité telle ou telle réalisation avec toi, Mariam ; c'était comme ça, comme ça dans tel village et là les populations avaient émis le souhait d'avoir telle ou telle activité. Maintenant, à notre retour, on se sent convaincu et s'il y a une possibilité pour vous de nous faire une demande à ce propos nous allons l'étudier ensemble". Et c'est ensemble, avec les gens du village qu'on va répondre, écrire les idées. C'est pas "aider financièrement" seulement !

Qu'est-ce que tu entends par là ?

On peut aider "pas financièrement". Moi j'ai eu des gens du Nord qui sont restés avec moi deux, trois, quatre mois "pas financièrement". Et avec ces gens-là on partait au village, on faisait de l'animation, on discutait et après ensemble on essayait d'élaborer des outils. Des gens, par exemple pour la sensibilisation sur le sida, qui étaient très bons dessinateurs, et quand moi j'animais, eux ils dessinaient la capote, le pénis et quand je montrais comment mettre la capote, eux m'aidaient. Ils disaient que le sida est une maladie qui ne connaît pas la couleur de la peau, qui ne connaît pas la taille, qui se trouve un peu partout et dont on n'a pas le médicament jusqu'à présent. Et cette personne qui vient de l'extérieur et qui appuie avec conviction, cela peut aider les communautés à avoir plus confiance. C'est un exemple d'aide extérieure qui aide beaucoup plus que le côté financier.

Et il faut aussi qu’un jour l'aide abandonne ces communautés là. C'est pourquoi je dis qu'aider les communautés c’est quelque chose de grand. De nouveaux villages se construisent, alors nous on ne peut pas être tout le temps là sur le même village. En tous cas le bon sens voudrait qu’un jour on les abandonne; ils n’ont qu’à prendre tous les résultats qu’ils ont et essayer de faire un développement, ils n’ont qu’à se débrouiller.


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Thème 7

L'Aide rend-elle plus autonomes* ou plus dépendants* ceux qui la reçoivent ?
Mots-clés DPH du thème :
Projet De Developpement

 

Est-ce qu’à long terme* (ou même à court terme*), tu penses que l’aide rend autonome ou bien tend-elle plus vers la dépendance ?

Tout dépend du départ. Et puis, l’aide est là aujourd'hui mais il ne faut jamais oublier que l’aide ne va pas être éternelle. Personne ne peut aider tout le temps, tout le temps. D’où la nécessité pour la communauté de profiter de cette aide pour créer des activités qui pourront un jour se substituer* à l’aide. Pendant que vous financez, vous préparez les communautés, vous les amenez à réfléchir aux actions qui pourraient être durables et rentables. Ainsi, même si vous partez, ces populations pourront se prendre en charge.

Certains bailleurs acceptent de financer des programmes jusqu’à 5 ans, si c’est un projet à long terme, bien structuré. Parce qu’ils se disent que d’ici 5 ans il y aura une certaine autonomie. Il faut que nous aussi nous ayons dans la tête de fonctionner vers l’autonomie. Mais les petits projets d’un an, de deux ans, c’est cela qui rend chaque fois vraiment dépendant; on est là, on finit et puis on est là, on attend, on attend… Par contre, si vous arrivez à mettre en place un programme de 5 ans où à la fin de chaque année vous essayez d’évaluer, de corriger, de relancer, d’ici 5 ans les populations peuvent être autonomes avec des projets concrets à réaliser.

Cinq ans, est-ce suffisant pour qu'un groupement devienne autonome ?

C’est le minimum ! Cinq ans c’est vite arrivé. Il y en a même qui vont jusqu’à 10 ans. Pour qu'existe un groupe de personnes vraiment dynamique, il faut que le village ait déjà eu à se frotter à des séances d’animation, etc. Dans certains villages "perdus" du Burkina, juste se mettre en groupe c’est tout un problème. C'est à partir de cinq ans qu’on commence à voir les résultats. Les groupes sont souvent analphabètes, il ne faut pas oublier ça. Et puis souvent ils confondent l’aspect social et l’aspect économique.

Or, ce sont les activités économiques qui font prendre la relève (de l'aide). Il faut arriver à faire le bilan du social à part et de l’économique à part pour la même activité, arriver à leur dire : "vous avez fait du social, voilà les résultats; vous avez fait de l’économique, voilà le résultat". Mais si le social joue négativement sur les résultats économiques, ces villages mettent du temps à se prendre en charge.

Et puis, ce qui est intéressant c’est de pouvoir faire le même appui dans deux villages et comparer, voir leur dynamisme en partant bien sûr de leur organisation. Au bout de cinq ans vous allez voir que les résultats ne sont pas les mêmes. On a connu tout ça à partir de nos systèmes moulin-mère* et moulin-fils*. Dans certains villages, vite, vite, les populations remboursent et dans d'autres villages, le meunier est là, il vit des recettes du moulin… Puisqu’on avait des cahiers des moulins, on voyait que dans ce village le remboursement est mensuel, régulier. Et le même moulin installé la même année dans d’autres villages, ils ne remboursent même pas. Vous partez là-bas, vous allez trouver que le meunier ne vient pas rembourser ou qu'on a volé l’argent. Mais là où on rembourse, vous allez trouver qu'eux n'ont pas la même organisation.

Enfin, pour responsabiliser les gens, il faut vraiment qu’il y ait un arrêt pour le financement, il faut donner une date butoir*, que l'on dise au groupe : "à partir de telle année, si vous ne remboursez pas, voilà". Et là on a eu des problèmes avec notre 6 S* parce que chaque année, on donne de l’argent à telle zone. Donc, pour les gens, 6 S n’allait jamais s’arrêter. Les gens ont pris l’habitude. Bon, à un moment donné 6 S a trouvé qu'il ne pouvait plus tenir et puis, bon, 6S s’est arrêté. Il y a eu des problèmes partout où les responsables avaient pris l'habitude de ne pas rembourser les crédits.

C'est intéressant aussi pour celui qui aide de dire, dès le début : "Au bout de trois ans, on s’arrête pour voir si les résultats qui sont là nous permettront de continuer". Cela responsabilise tout le monde et les gens vont chercher des résultats meilleurs. Autant avertir les gens et qu'ils sachent qu’un jour il peut y avoir rupture.


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Thème 8

C'est quoi, " faire du développement " ?
Mots-clés DPH du thème :
Forme d'aide / Capacite / Ressource Humaine

 

Pourquoi dis-tu : "faire du développement" ?

Si on parle de développement, cela veut dire qu'il faut arriver à traduire toutes tes connaissances aux autres. Il faut leur montrer. Il faut pas aller s'asseoir seul. Parce qu'on ne peut pas faire du développement en restant individualiste. Tu as des connaissances, tu es obligé de les traduire. Et en les traduisant pour les gens, tu formes. Et en formant, tu leur montres quelque chose et alors tu es en train de mettre en place une compétence et un jour tu peux être contestée. C'est ça le développement. Un jour les gens peuvent te dire : "ah non, nous actuellement on peut faire ça, on peut faire ça, on peut voler de nos propres ailes". C'est tout un mécanisme, c'est très long, c'est dur, il faut aimer le faire. Mais c'est intéressant car à un moment donné, tu sens que tu avances et que tu fais avancer les autres. Parce que tu arrives à montrer aux autres qu'ils étaient à ce stade et que maintenant ils sont arrivés à un autre niveau. Je crois que c'est là la richesse du développement.

Pourquoi veux-tu être "contestée*" ?

Pourquoi ? Il y a la mondialisation qui est en train de nous envahir et il ne faut pas être là avec des anciennes méthodes. Toute méthode doit être améliorée. Vous pouvez mettre en place une méthode, alors il faut accepter qu'on vous conteste. C'est cela même qu'il faut viser avec les populations que vous formez. Avec un groupe, vous êtes obligée de lui poser la question: "comment avez-vous ressenti le travail d'hier ?" Et si vous avez quelqu'un qui vous dit : "ah, en tous cas hier on a fait ça mais moi j'ai l'impression que si on avait fait ceci, on aurait mieux avancé !" Là, vous ouvrez encore d'autres voies et personnellement c'est ce que j'aime. Et tout le temps je discute avec les bénéficiaires.


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