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AF: Aide aux femmes |
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Dans beaucoup de pays, on constate que les femmes sont les principaux acteurs du développement. Et aussi quelles ne sont pas appuyées autant quil le faudrait. Alors, faut-il mettre en uvre des mesures* de rattrapage* ? Thèmes
: Mots-clés
DPH:
Les
femmes ont été délaissées, il faut un certain
rattrapage
Les agents de lorganisation dappui Voisins Mondiaux, qui travaillent dans la zone de Ségou, au Mali, expliquent ceci : Personne A : Je pense que quand les ONG ont commencé à venir dans les villages, elles se sont surtout basé sur les hommes, et cela depuis des temps anciens. Même si on prenait les besoins des femmes en compte, on sintéressait aux hommes pour résoudre les problèmes des femmes. Alors que si on voit les activités économiques du village ou bien même dun pays, je crois que les femmes participent dans la majorité des cas. Si on prend le commerce, si on prend même la culture, avant on croyait que cétait seulement les hommes, alors que la femme contribue beaucoup en agriculture. Par exemple dans les champs de son mari elle prépare, elle cultive, et en même temps elle fait du commerce, cest elle qui entretient les enfants. Vraiment, on est resté beaucoup de temps sans sintéresser aux femmes. Personne B : Si le taux dalphabétisation est faible aujourdhui, je crois que cest dû à la non-alphabétisation des femmes. Si on prend la population des villages on peut dire que le taux danalphabétisme et de 80%. Mais sur ces 80%, il y a combien de femmes ? Peut-être 50% sur les 80%. Depuis longtemps on ne sest pas tellement intéressé à la femme. Et par exemple si on prend un village, les activités dun homme, sil fait de lagriculture, il fait sa culture et après il va à lexode, il se repose ou bien il fait de l'artisanat. Mais pour la femme, cest douze mois sur douze : que ce soit lhivernage ou la période sèche, elle travaille, elle continue le commerce, la culture, tout. Donc, je crois quil est très intéressant de les aider parce quelles ont plus dactivités que les hommes. Personne C : Quand on regarde différents indicateurs* de développement et en faisant une comparaison entre la femme et lhomme, à tous les niveaux on voit que la tendance est plus favorable pour lhomme : la compréhension des aspects de santé, léducation, laccès aux grands postes de leadership* et ainsi de suite, les revenus... quand on regarde tout cela et quon compare les femmes et les hommes, on a une tendance négative du côté de la femme. Et pour que la balance* soit redressée, un accent particulier doit être mis sur la femme pour quelle atteigne lhomme. Cest cela qui explique quil faut plus dactions pour les femmes. Mais je dirais aussi quil ne faut pas le faire selon lapproche femmes tout simplement mais peut-être quil faut le faire selon lapproche " genre "*. Nous ne parlons pas de femmes en oubliant les autres aspects, daccompagnement et dautres choses. Certaines ONG nappuient que les femmes et ce nest pas bon, parce que dans le milieu, pour atteindre la femme, il faut passer par lhomme. Si on saute lhomme et quon reste sur la femme, on ne va pas aller loin, cest une question de stratégie. Le développement est un tout, on ne peut pas faire de développement dun seul côté, il faut prendre le développement dans sa globalité. Interview collective des agents de lONG Voisins Mondiaux, recueillie par Séverine Benoit, à Ségou, en mai 2001. [Fiche 466] Opinion dun consultant : La plupart des traditions africaines relèguent la femme au second rang, avec, pour corollaire, un statut socio-économique inférieur ; elles ne sont pas autorisées à participer avec les homes aux réunions traitant des questions politiques et des problèmes de développement ; les femmes sont, de ce fait, coupées de tout contact avec les sources dinformation, donc de connaissances. Jean Nya Ngatchou Retour
Diverses
mesures de rattrapage sont parfois prises
Au Sénégal, selon une responsable paysanne: Il y a 70 membres dans notre groupement. Il y a quelques hommes mais les femmes sont plus nombreuses. Les gens qui nous ont aidé à former le groupement ont plus besoin des femmes, cest pour cela quelles sont plus nombreuses. Cest au niveau de lEtat quil y a eu une volonté gouvernementale dorganiser les femmes, cest pourquoi, du sommet jusquà la base, il y a eu une organisation entre femmes. On a eu lexpérience dun seul financement extérieur, celui du moulin à mil, qui était une activité productive puisque les femmes arrivaient à subvenir à leurs besoins mais aussi à louer le moulin et donc à économiser largent. A partir de là, les hommes ont dit quils pouvaient faire un projet avec les femmes et alors, il y a eu la création dun GIE et cest un homme le président et moi je suis vice-présidente. Normalement, les gens ont plus confiance en moi mais je ne sais pas écrire, cest pourquoi cest un homme qui sait lire et écrire qui est devenu président. Je suis en train de suivre une formation en alphabétisation. Mariam Ndao Au Sénégal, selon une responsable des Maisons Familiales Rurales : On peut dire quaujourdhui il y a plus daide en faveur des femmes quen faveur des hommes, si on prend lenveloppe globale quon reçoit des partenaires. Si par exemple on prend le volet crédit, a lui seul ce volet accapare presque 70% et le crédit est une activité spécifique aux femmes. Donc là, on peut dire quil y a discrimination positive* envers les femmes. Egalement, si on regarde du côté des adhérents, on dit quon va injecter tant, pour tant dadhérents et dans la plupart des cas, les femmes sont majoritaires, donc le plus grand volume revient aux femmes. Mais en général, les activités que font les hommes sont beaucoup plus importantes que celles que font les femmes. Kébé Ndieme Ndiaye Au Burkina Faso, selon une responsable dappui aux entreprises : On ne peut pas dire quà lheure actuelle, on fait une discrimination et quon nappuie pas les entreprises de femmes : on les appuie de la même manière que les entreprises dhommes si elles se présentent à nous. Mais il serait possible quon ait une discrimination positive, cest à dire écouter beaucoup plus les femmes et leur accorder beaucoup plus de facilités que les hommes. Alors quaujourdhui on a les mêmes critères* à la base. Je crois que les femmes rurales, en particulier, ont besoin dêtre aidées davantage pour les initiatives économiques, pour leur permettre davoir des petites et moyennes entreprises, parce que jusquici cest le domaine des hommes. Félicité Traoré Retour
Epauler
les femmes suppose de bien identifier leurs problèmes propres et
dadapter une réponse sur mesure
Les agents de lorganisation dappui Voisins Mondiaux, qui travaillent dans la zone de Ségou, au Mali, expliquent ceci : Au début des interventions, le problème qui se posait, cétait la présence des hommes et des femmes. Les femmes nosaient pas être en désaccord avec les hommes, elles disaient ce que les hommes disaient. Alors quelles avaient des besoins. Avec les interventions, les regroupements, les sensibilisations, les visites déchange, etc, maintenant elles arrivent à sexprimer même en présence des hommes. Parfois elles se plaignent même : pourquoi ce sont les hommes qui prennent les décisions alors quelles-mêmes veulent prendre les décisions ?. Elles ne veulent plus que ce soit les hommes qui décident à leur place. Cest en grande partie grâce aux visites déchange. Les visites déchange sont inter-villages et inter-OP aussi. Ce sont les groupements de femmes, dun village à lautre, qui vont se rencontrer. Pour le moment, je nai pas enregistré de réaction négative chez les hommes parce que quand certains problèmes sont résolus, les hommes disent même que cela va les aider pour gagner plus. Donc, elles ont lappui des hommes. Une des difficultés pour les femmes, cest de se rencontrer pour échanger. Souvent, il y a des difficultés avec les moyens de déplacement. Pour le moment, au niveau des organisations, ce quelles ont adopté comme solution pour les moyens de transport, cest dutiliser des charrettes. Une autre difficulté spécifique pour les femmes, cest leur temps de participation. On a constaté que, par exemple, pendant les sessions de formation des femmes, si on applique le même temps de formation aux femmes quaux hommes, les hommes apprendront plus. Parce que les femmes dans le village doivent, par exemple, faire la cuisine, soccuper des enfants et puis aller à la formation. Donc, dans la journée, elles ont moins de temps pour la formation que les hommes. La solution quon a proposée, cest de donner plus de temps aux femmes dans les formations quaux hommes. Pour une même formation, qui dure par exemple 45 jours, au lieu que les femmes fassent 45 jours, on augmente un peu ce temps de formation. Parce que si le temps de formation est de 6 heures par jour, on constate que la femme ne va pas avoir 6 heures de temps dans la journée pour faire cela. Une autre solution est de déplacer la session. Parce que tant que les femmes sont au niveau de leur village, elles sont obligées de préparer, de faire les travaux et activités ménagères. Mais une fois quelles quittent leur village, par exemple si elles viennent à Ségou, elles ne sont plus tenues de faire ces activités-là. Donc elles peuvent travailler sur la journée. Ce sont les deux stratégies* possibles : soit faire la formation à domicile mais en donnant plus de temps aux femmes, soit faire les regroupements au niveau du siège pour faire la formation. Chaque stratégie a ses avantages et ses inconvénients. Par exemple avec le regroupement, à la fois on narrive pas à toucher le maximum de femmes parce que lhomme qui a une seule femme, sa femme ne va pas faire le déplacement, sinon lhomme ne va pas manger (rires). Cest pourquoi on utilise les deux stratégies. Interview collective des agents de lONG Voisins Mondiaux, recueillie par Séverine Benoit, à Ségou, en mai 2001. [Fiche 466] Retour
Lévolution
des politiques dappui aux femmes, au niveau international
Marie-Christine GUENEAU décrit ainsi lévolution des priorités données (par les agences daide extérieure) aux actions concernant les femmes depuis la fin des années 1960 : Au fil des conférences internationales et des travaux de recherche, au cours des trente dernières années, les théories et les stratégies ont évolué jusquà créer une discipline spécialisée, baptisée " Femmes et Développement " puis " Genre et Développement ". Cinq approches se sont succédées jusquà présent, dosant différemment le social et léconomique. Celles qui ont rencontré lécho le plus favorable auprès des gouvernements sont les plus neutres politiquement, cest-à-dire celles qui proposent des changements dordre pratique et surtout pas de remise en question profonde. Exposons brièvement ces différentes approches qui coexistent sur le terrain et inspirent les projets mis en uvre. Lapproche Bien-être sest développée de 1950 à 1970. Elle est centrée sur le rôle familial et domestique des femmes qui sont considérées comme des bénéficiaires passives* du développement. Léconomique appartient à une sphère séparée, celle des hommes. Les projets daide découlant de cette approche sont de nature caritative ; ils visent la satisfaction des besoins pratiques dans les domaines de la santé, de la nutrition, du planning familial, de lapprovisionnement en eau. Lapproche Anti-pauvreté, née dans la mouvance des théories sur les plus pauvres des années 1970, attribue la subordination des femmes à leur pauvreté et propose donc une stratégie dintensification de la productivité du travail des femmes. Mais, arrivant dans une période de croissance économique, cette approche fut rapidement taxée de productiviste* et naura pas un grand impact. Lapproche Egalité a vu le jour au moment favorable de la Décennie pour les Femmes lancée en 1975 par les Nations Unies. Ambitieuse, elle proposait des changements importants visant à réduire les inégalités entre hommes et femmes, basées sur la division sexuelle du travail*, et à accroître lautonomie économique et politique des femmes. Mais, considérée comme politiquement dangereuse, elle a été remplacée par lapproche Efficacité dès le début des années 1980. Cette quatrième approche connut un grand succès. Les femmes font alors lobjet de mesures et de projets au titre de la catégorie des pauvres dont elles constituent la majorité. Et, dans le même temps, elles sont considérées comme une ressource sous-employée* devant être mieux utilisée. Cest ainsi quarrivent sur le devant de la scène des projets productifs créateurs de revenus et des projets dits spécifiques cest-à-dire réservés aux femmes. Les changements préconisés sont fonctionnels, en particulier liés à laugmentation des revenus ; ils ne suggèrent pas de bouleversement de lordre social, ce qui fut pour beaucoup dans le succès de cette approche. Lapproche Renforcement du pouvoir est la seule à avoir été définie par des féministes et des organisations de base du Tiers Monde. Apparue dans les années 1980, elle vise le renforcement des capacités des femmes selon une stratégie visant leur promotion et non selon une stratégie de compétition ou de révolution contre les hommes. Elle recherche la participation des femmes aux instances sociales de représentation, de décision, dadministration et de gestion. Cette approche est restée dune popularité limitée parce que née dune analyse jugée trop politique par les gouvernements et les agences publiques daide. Aujourdhui, depuis 1985, une autre approche est née : lanalyse déterminée par le Genre qui souligne la complémentarité des rôles et des responsabilités entre les hommes et les femmes. Cette approche ne se limite pas à la satisfaction des besoins pratiques mais poursuit des intérêts stratégiques visant des changements importants comme : participation aux instances de décision, modification des lois, du code civil, du code du travail, etc. Concrètement, les projets spécifiques dantan sont critiqués et il est recommandé de leur préférer des projets concernant en même temps hommes et femmes mais en ayant soin de prendre en compte les atouts et les contraintes de chaque genre dacteurs. Daprès un extrait du chapitre 2, " Femmes en promotion ? ", de louvrage " Sahel : les paysans dans les marigots de laide ", Marie-Christine GUENEAU, Bernard J. LECOMTE, publié en 1997 par LHarmattan (Paris). Retour
Que
proposent les noyaux de réflexion et les consultants ?
Les noyaux de réflexion suggèrent de : Rééquilibrer laide pour diminuer lécart entre hommes et femmes : Sefforcer duvrer pour la femme au même rythme que pour lhomme. Donner une autonomie à la femme dans certaines de ses actions. Apprendre à la femme à sexprimer sans honte et sans crainte. Considérer et améliorer les actions de la femme. Encourager les actions de la femme dans tous les domaines. Dynamiser lalphabétisation et la formation de la femme. Donner des appuis techniques à la femme dans ses activités. Aider les femmes à réaliser les mêmes activités que les hommes. Noyau Léré Il est nécessaire dorganiser un apport de rattrapage pour les femmes par la formation. Revoir les conditions des différents apports aux femmes. Il faut un apport pas trop brutal. Privilégier les femmes par rapport aux hommes pour une période donnée. Terre Solidaire La notion de genre* doit être introduite dans toutes nos actions pour un rééquilibrage des deux sexes. Intensification des informations, formations et échanges sur lapproche genre et ses avantages, appuyés dexemples sur le terrain. APCD Réduire les conditions dobtention daide (caution, intérêt, garantie, etc.). Reconnaître et valoriser la capacité de la femme. Informer et former les femmes en les impliquant dans la prise de responsabilité à tous les niveaux. Noyau ASET Appliquer la notion " genre " au sein des familles en sensibilisant à ce concept pour favoriser la femme dans ses tâches quotidiennes. Rencontre femmes Ouaga Les consultants soulignent plusieurs aspects Une expérience : Au Club Unesco Martin Luther King, on peut dire que la démarche semble être la même. Ayant senti le besoin de mettre les femmes en avant, il nous a fallu dabord assurer des formations. Lorsque ces femmes ont eu les formations adéquates, nous nous sommes rendu compte quelles étaient en mesure de conduire des programmes comme les hommes. Autre chose aussi, responsabiliser les femmes, oui, mais il ne faut pas que les hommes aient des complexes à être commandés par des femmes. Rencontre AGADA Mettre laccent sur des actions à effet durable : Décider dorganiser un apport de rattrapage pour les femmes participe du souci déquité entre hommes et femmes. Un apport ne doit pas se limiter à quelques actions ponctuelles. Il serait plus utile de mettre laccent sur des actions à effet durable. Mais je ne pense pas que laide extérieure devrait plus sintéresser aux femmes quaux hommes. Il faudrait plutôt prendre en considération le comportement discriminatoire dont les femmes sont souvent victimes, et prendre des mesures appropriées pour rééquilibrer laide extérieure, en mettant un accent particulier sur les problèmes de femmes, apporter un appui concret à leurs activités : leur faciliter laccès aux établissements scolaires, aux structures de formation professionnelle, assouplir les conditions doctroi de crédit. Jean Nya Ngatchou Une priorité exprimée par tous : la formation : Le rattrapage simpose dans tous les domaines et en particulier dans celui de la formation. Dans cette perspective, des formations spécifiques adaptées au temps libre des femmes doivent être offertes : formation technique mais aussi au management, à la gestion, à ladministration et à la direction des activités, quil sagisse dopérations purement économiques ou danimation de la vie sociale et culturelle. Annick Miské Talbot Retour
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