| Changer
l'Aide, c'est notre affaire à Tous Sommaire / Descriptif / Les fiches DPH |
||
|
Serie
C : Maîtriser l'aide pour arriver à nous en passer
|
||
|
Comment mieux s'écouter et mieux coopérer entre les Organisations Paysannes, les Organismes d'Appui, les Collectivités Locales, les projets d'aide et l'administration au niveau d'une zone. Ce livret a pour objectif de poser des questions sur ce sujet et en particulier sur les relations entre "intellectuels" et "paysan(ne)s". Thèmes
Mots-clés
DPH:
Les
rapports entre une association paysanne et les ONG travaillant dans la
même zone
Malick Sow, Secrétaire Général de la FAPAL (Fédération des Associations Paysannes de Louga) décrit - fin 1997 - la situation suivante : "Il y a beaucoup d'ONG dans la région de Louga. Nous travaillons avec certaines, mais aucune ONG ne nous a fait d'apports financiers. On sent, avec certaines ONG de la place, une rivalité avec le mouvement paysan. Elles assimilent la FAPAL à une ONG. Or, nous sommes une association d'individus libres. Les premières ressources de la FAPAL sont les cotisations de ses membres. La FAPAL encadre ses groupements. L'ONG est une structure extérieure. Ses donneurs de fonds, qui se trouvent dans les grands pays du Nord (Etats-Unis, Angleterre, France, etc.) donnent leur argent à une ONG qui n'est en fait qu'une succursale de ces partenaires étrangers. Tous les initiateurs, les membres de la FAPAL sont issus du milieu rural. Alors que pour les ONG, des personnes étrangères viennent. C'est toute la différence. Nous avons les mêmes cibles et les mêmes activités. Elles nous interpellent en nous demandant pourquoi nos activités réussissent mieux que les leurs. "Pourtant, disent-elles, en tant qu'ONG, ce que nous mettons à la disposition des gens est quatre fois plus important que ce que la FAPAL met !" La seule explication que nous pouvons peut-être donner se situe au niveau de notre approche. Celle-ci est plus efficace car :
Les ONG, elles, imposent leurs idées, imposent des activités. Si une ONG dit vouloir intervenir dans une localité pour résoudre tel problème, le premier réflexe des populations est de dire : "Oui, nous aimons" même si cela ne répond pas à leurs besoins. L'autre problème également est que les leaders avec lesquels ces ONG travaillent, sont aussi des responsables politiques ou en dehors du développement. Souvent, ces leaders ne font pas l'unanimité dans le village. Tandis qu'avec la FAPAL, c'est le groupement qui choisit, sans influence ni trafic, en toute liberté, les gens qui gèrent. Un exemple : à l'assemblée générale de la FAPAL, nous avions invité une ONG de la place. Celle-ci intervient, même dans mon village, avec les mêmes cibles, mais avec des responsables différents des nôtres. Quand nous avons eu et discuté le rapport, leur représentant s'est senti un peu frustré. Il a dit que leurs actions ont été étouffées par celles de la FAPAL. Selon eux, nous avions initié une démarche d'étouffement au niveau de nos groupements. Mais la cause n'était pas celle-là. L'ONG choisit des responsables dans chaque village; et si ceux-ci ne font pas l'unanimité, une partie des gens ne se sent pas concernés par telle ou telle activité. Depuis lors, à chaque fois, cette ONG essaie de nous inviter aux rencontres qu'elle convoque au niveau du village. Mais cela reste complexe ! En effet, leurs représentants, au niveau d'un village, sont soit des parents, soit des pères, des oncles, des grands-pères de nos membres. Nous, les plus jeunes, n'avons pas la même vision qu'eux ce qui engendre des conflits ou des ruptures familiales. Mais nous ne les souhaitons pas. On évite ce télescopage. Ce n'est pas une question de génération car il y a des vieux qui sont avec nous comme des mères ! Mais c'est sur le plan des idées et des opinions que nous avons des divergences avec certains vieux qui n'ont pas la même perception que nous. Ou bien avec ceux qui sentent que nous, en tant que jeunes, avons des "visées aux dents longues" pour vouloir les éjecter et gérer tout à leur place. Ils sentent que leurs intérêts sont menacés." (Interviewé par Benoît Lecomte à Thiès, fin décembre 1997, Fiche N° 77) Retour
Dans
une même zone, comment maîtriser les rivalités entre
les OP et les ONG ?
Constats des OP : Nous constatons, au Tchad Sud, une grande inconsidération entre les acteurs du développement, surtout envers les paysans. Chacun apprécie là où il est, tout en critiquant les autres. Il y a concurrence, rivalité et destruction des chemins des OP. Bédogo Au Sénégal, on voit que certaines ONG se mettent en position d'aveugle envers les OP existantes autres que les leurs, mais par rapport également aux autres ONG intervenant dans la zone. On constate l'étouffement des OP par les ONG plus nanties* qui interviennent dans le même milieu. Meckhé Un cas positif : Les actions de protection de lenvironnement et de restauration se développent grâce à une participation de tout le monde. A chaque fois, nous avons essayé davoir une concertation élargie. Cela est parti de notre association Jig-Jam. Nous avons (dans un premier temps, avant de nous lancer plus loin) vu les conseillers ruraux, les chefs de village, même le préfet, les techniciens. Ensuite, nous avons invité lensemble des structures qui se trouvent dans notre zone à des rencontres de réflexion. Sara Diouf Une difficulté habituelle : Une difficulté qui casse un peu le dynamisme de la FAPAL est que nous formons des animateurs que nous ne payons pas mensuellement. Les ONG qui interviennent ont besoin danimateurs et elles ont des moyens que la FAPAL ne possède pas. Donc, si une ONG promet 40.000 FCFA par mois à un animateur, on le perd. Je peux dire que nous formons pour dautres, que ce soit sur le plan de lalphabétisation ou de la sensibilisation. Malick Sow Les obstacles à surmonter : Concurrence et rivalité doivent être proscrites entre les acteurs du développement. La concertation, la confiance, l'amour sont les qualités nécessaires pour tous ceux qui oeuvrent pour la réussite du monde rural sahélien. Les responsables paysans sont trop peu nombreux au Tchad-Sud. Il y a aussi un manque de liaison entre responsables paysans, population et administration. Noyau Bédogo La confusion des rôles (par ex., l'OA qui veut diriger l'OP) peut amener à une situation conflictuelle entre acteurs du même milieu. Sara Diouf Les relations des OP avec les ONG ne sont pas simples. Dans les groupements de base, les paysans craignent de se retrouver dominés par les intellectuels des ONG comme ils lont été par beaucoup d'agents de la fonction publique. En même temps, ils ont besoin de leur matière grise* et de leur expérience. GRAD Des façons de faire : Pour la bonne marche du développement, les intellectuels des OA ne devraient pas se considérer comme tels vis à vis des paysans; c'est leur découragement. Ils doivent accepter d'écouter et de s'asseoir avec les OP tout en oubliant qu'ils sont du bureau. Ils doivent également faire recours à des personnes-ressources des OP. Noyau Bédogo Retour
Comment
changer les relations entre les "intellectuels" et les responsables d'OP
?
Des façons de faire proposées par des responsables paysans : Les OP du Tchad-Sud doivent être en relation avec dautres OP du Sahel pour combattre les "intellectuels" des ONG (dans leurs idées, façons de faire, comportements, etc.) Noyau Bédogo L'amour, la confiance et la considération doivent être mis en oeuvre entre les intellectuels et les responsables d'OP. C'est à l'OP de dire : "j'ai besoin de tel intellectuel" (selon sa spécialité) et toujours agir dans la transparence. Noyau Bedogo La solution c'est l'alphabétisation ! ASET Etre en relation avec tous les acteurs de développement; - Eviter le cumul des responsabilités; - Organiser une table ronde. Noyau Bédogo Il faut que des leaders paysans soient élus pour siéger dans les comités de planification du développement local dont feront également partie les autres acteurs privés et publics représentés dans le milieu. Les élus des OP doivent avoir des responsabilités dans le bureau de ces comités de planification. On évitera ainsi que les "grands développeurs" proposent toujours dans leurs programmes de développement des solutions aux problèmes supposés des paysans. Dapaong Tendre vers la professionnalisation* et la contractualisation* des relations entre acteurs. Créer un code déthique et de déontologie des ONG permettrait de savoir qui est ONG et qui ne lest pas. Ce code ne doit cependant pas tuer ou nuire au développement des initiatives des OP. Car le développement cherché nest sans doute possible que si les sociétés africaines ont pris conscience et développent des initiatives de gestion et de sortie de crise. Toutes les relations doivent être explicitées et non tacites, pour favoriser la confiance et la concertation. Sara Diouf Le changement d'un "intellectuel" : Pour moi, ma mère c'était quelqu'un qui pouvait seulement "consommer" ce que disaient les techniciens. Mais depuis que je travaille dans le groupement qu'elle préside, je vois tout ce qu'elle sait ! Alors j'ai changé de disquette. Demba Keita L'opinion d'un consultant : Plus les OP auront la possibilité de choisir librement leurs partenaires et de le faire après les avoir observé, plus il pourra y avoir transparence, à condition qu'il y ait un développement des contre-pouvoirs*. André Marty Un cas expliqué par un responsable paysan : Cela peut sembler anormal quune association paysanne appuie un fonctionnaire pour quil fasse son travail. Cest que les positions ont changé. Dans le passé, la position des techniciens et des autorités, par rapport aux paysans, était celle-ci : eux devaient venir aider les paysans parce quils en avaient les moyens. La politique de lEtat leur permettait daller un peu partout. Mais actuellement, lEtat sest retiré. Quest-ce que nous avons alors ? Nous avons des techniciens qui sont bien formés mais qui ne sont pas équipés. Il leur manque de quoi acheter du carburant et même ils ne touchent pas leur salaire régulièrement. Face à ces problèmes, nous, étant donné que ce sont des personnes-ressources vivant au milieu de nous, on sefforce de les utiliser. Nous avons identifié des domaines dans lesquels ils peuvent nous être utiles. Au moins, en les utilisant, nous les encourageons. Sara Diouf Retour
Les
premiers efforts de concertation au Mayo-Kebi Ouest (Tchad)
Pierre Pazimi, chargé du programme agricole du BELACD à Pala (Tchad), explique quelles sont, en juillet 2000, les relations entre l'OP de Bissi Mafou les autres Organisations Paysannes de la région et avec un projet d'aide. "Les paysans essaient de mettre en place un "cadre de concertation" entre les groupements paysans et les Organisations Paysannes d'une partie du département du Mayo Kebi, dite Mayo Kebi Ouest. Parmi eux, l'OP de Bissi est la plus importante. Cela a été un peu favorisé par les ONG et le projet "GTZ micro-réalisations". Les gens ont trouvé cela intéressant. La difficulté c'est que les moyens de déplacement ne leur permettent pas de faire régulièrement ces rencontres. A ce niveau, la concertation est conduite par un bureau d'une quinzaine de personnes. Au niveau de la préfecture, une réunion de concertation entre les ONG et les services de l'Etat a lieu une fois par an, animée par le Préfet lui-même. Toutes les ONG et certaines organisations représentant des OP en font partie. C'est intéressant car cela nous permet de discuter de tous les problèmes que l'on a rencontré sur le terrain et de planifier nos activités. Un autre projet de la coopération allemande appelé "GTZ Planification" basé à Bongor assure le secrétariat de cette réunion et essaie, à partir de nos réflexions, de bâtir un programme de développement. La GTZ n'assure pas la totalité des financements; il y a une participation des ONG, des services de l'Etat et des OP. Les relations entre l'organisation de Bissi et ces fédérations; c'est le grand sujet de débat ! Il faut savoir que le Mouvement Paysan de la Zone Soudanienne (MPZS) et les autres regroupements comme la Plate-Forme Paysanne, tout cela est largement critiqué par les groupements paysans. Au niveau national, les responsables du MPZS et les responsables de la Plate-Forme Paysanne* ont été désignés par certains services, comme l'ONDR (Office National de Développement Rural). Ces représentants-là ont été choisis par affinité amicale, sont déconnectés de la base et vont directement parler au niveau du ministre, au niveau de tout ce qu'ils veulent, sans tenir compte des autres. J'en connais qui n'ont jamais fait de réunions avec les OP depuis leur mise en place. Ceci est très largement critiqué. Aujourd'hui quelque chose qui se soit construit à partir du bas, cela n'existe pas mais cela pourrait avoir lieu. Les ONG ont toujours critiqué cela et disent qu'il faut convoquer des rencontres au niveau de groupements paysans pour élire leurs représentants. Mais ceci n'est jamais fait. Si vous allez dans les différents groupements et que vous posez la question aux membres pour dire : "Est-ce que vous connaissez la Plate-Forme ?" Aucune réponse; ils ne connaissent pas. De même pour le MPZS le plus souvent. Pourtant en gros tous ceux qui sont membres de l'OP de Bissi Mafou en sont membres. Et par la vente du coton, leurs ristournes* (une partie de leur argent) retournent là-bas. Au MPZS pour payer les "représentants", ce n'est pas vraiment de leur gré, ils sont obligés d'être comme ça. Il n'y a pas eu d'élections depuis plusieurs années et les représentants de MPZS sont presque là à vie. La difficulté, c'est que les paysans eux-mêmes savent que ces gens-là bouffent, mais ils s'en foutent. Il n'y a pas d'animation à la base et puis cela arrange ceux qui sont nommés là-bas parce que, comme les gens sont devenus inconscients, ils restent là tranquillement, sans s'inquiéter d'après; ils peuvent rester comme ils veulent. Je pense qu'il n'y a pas de contrat de longue durée entre l'OP de Bissi et la GTZ Micro. Il y a des aides ponctuelles. Comme lOP est très expérimentée dans le domaine de l'achat des céréales, de temps en temps la GTZ accorde des crédits pour acheter des céréales. Jai vu aussi plusieurs fois la GTZ accorder des subventions pour la formation des membres de lOP. Je trouve cela très intéressant parce quil y en a, parmi les bailleurs, pour lesquels la formation c'est comme une consommation de luxe. Je pense le contraire, parce que pour une organisation paysanne "une aide sans formation" pour une organisation paysanne, cela ne sert à rien. (Pierre Pazimi, interviewé par Benoît Lecomte en juin 1999 à Pala, Tchad, Fiche N° 444) Retour
Comment
promouvoir des Comités locaux de concertation (appelés aussi
"Cadres de concertation") ?
Ce que proposent les OP : Nous souhaitons, au niveau d'une zone : - la création d'un "cadre de concertation" entre les différents acteurs; - la mise en place dun plan de développement élaboré par tous les acteurs (élus, administrations, OP, ONG, techniciens, etc.). Meckhé Il faut un cadre de concertation pour l'harmonisation et la complémentarité des actions sur le terrain. Ce cadre de concertation, établi entre les différents acteurs du développement local, devra avoir pour interlocuteur privilégié les structures villageoises communautaires de développement, dont l'émergence et le renforcement incombent aux différents acteurs du développement. Un cadre de concertation viable doit pouvoir développer des relations et des alliances stratégiques précises entre les différentes parties impliquées." Dapaong Façons de faire : Les cadres de concertation doivent être les maîtres d'uvre et les intervenants les maîtres d'ouvrage. Eviter que les gestionnaires de ces cadres deviennent des concurrents des structures qui les composent, en perdant de vue leurs objectifs. Un cadre de concertation ne doit pas être l'exécutant direct dactivités sur le terrain mais doit passer des contrats dexécution avec les structures (OP, OA, Collectivité Locale, etc.). Cependant, dans certains cas, il peut déléguer à des tiers (personnes compétentes) la réalisation dinitiatives villageoises ou communautaires. Sara Diouf Les "lieux de coordination" doivent :
Ce que proposent des consultants : La nécessité dimaginer des cadres de concertation apparaît dautant plus quun certain nombre dacteurs non gouvernementaux se positionnent de plus en plus sur le champ du monde rural : journalistes, bureaux détudes, consultants, agents déflatés de la fonction publique, retraités, agents de lEtat à double, voire à triple casquette (fonctionnaire, responsable dONG, paysan du dimanche), etc. Groupe AOMR d'Inter-Réseaux De temps en temps, organiser larges concertations à léchelle locale. Mais ces concertations doivent déboucher sur des résolutions concrètes, écrites et signées. Les ONG et OP, parfois réticentes, vont devoir composer avec les collectivités locales qui ont pour rôle de veiller à la cohérence des initiatives et des interventions. Là encore, il faut travailler à bien préciser les rôles respectifs car souvent ce nest pas très clair. André Marty Façons de faire : Il faut développer la concertation et la négociation et aussitôt après expérimenter des formules avec le souci de les évaluer sérieusement. Les projets et ONG ont un devoir de favoriser les rencontres de concertation et aussi de contribuer à lexpérimentation. Il importe danticiper sur la décentralisation et sur l'évolution des rapports entre diverses instances (Etat, communes, OP). André Marty Retour
|
||
|
GRAD France,
228 rue du Manet, 74130 Bonneville (France) GRAD Suisse,
CP 5833, 1211 Genève 11 (Suisse), |
||