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Série D : Appui aux Organisations Paysannes Débutantes
Une organisation paysanne débutante ne sait généralement ni ce qu'est un projet, ni ce que comporte comme difficultés la négociation d'un appui. Cette série a pour but d'éclairer son chemin et ceux de ses partenaires.

Aide aux Femmes

Maîtriser l'aide pour arriver à nous en passer

Du projet à la convention de partenariat

Appui aux Organisations Paysannes Débutantes

 


D1 - Réfléchir avant de chercher un premier appui

Apporter des éléments pour discuter, entre les membres d'une organisation paysanne, au moment où certains parmi eux souhaitent que quelqu'un vienne les aider.

Thèmes
Connaître nos forces et nos faiblesses
Notre groupement s’est-il créé pour l’aide ?
Commencer d'abord avec nos propres activités
Utiliser nos propres ressources
Se préparer à faire face à deux possibilités

Mots-clés DPH du livret :
Capacite

Ressources Propres
Strategie D'appui

 

Thème 1 :

Connaître nos forces et nos faiblesses
Fiches DPH: Evaluation / Planification

" Il est important de recenser les points forts et les points faibles de l’OPD. " (Noyau Tchamba) 

 

Opinion(s) des Organisations Paysannes (OP) :

Pour une OP débutante (OPD) chercher un premier appui nécessite que les membres connaissent des objectifs, les activités à mener et rassemblent des ressources propres*. Une OP débutante doit permettre à ses membres d’échanger sur les informations et les activités qu’ils mènent. Je donne l’exemple d’une OP que je connais bien : JEMUUTEN dans le département de Bignona au Sénégal. Cette organisation a vécu pendant presque 10 ans sans recevoir une seule aide extérieure. Elle vivait de ses propres ressources constituées de cotisations en espèces et en nature. Les groupements font des champs collectifs, vendent des prestations de services et contribuent au fonctionnement des organes mis en place. Quand ils ont demandé un premier appui extérieur et que le partenaire leur a demandé un apport propre*, il n’y a pas eu de problème parce qu’ils sont habitués à cotiser et à se prendre en charge. Kalilou Sonko

Une méthode :

Les trois premières années (93, 94, 95) de notre association, l’ASSY (Association pour la Survie dans le Sahel au Yatenga), cela a été des rencontres, des discussions avec chaque famille pour voir si des améliorations étaient possibles. Pendant ces réunions, on parlait des expériences, beaucoup d’entre nous avaient des expériences. Il faut que les gens comprennent la démarche parce que c’est étrange : la famille, d’une certaine façon, va être érigée un peu comme un groupement et parfois les gens ne le comprenaient pas. Notre première réalisation a été des champs d’arachide et de sésame dans chaque famille. Cela permettait aux membres de la famille de se retrouver et -entre les différentes familles membres de l’ASSY- d’avoir une production à vendre et de constituer une caisse. Baba Ouedraogo

Opinions des Organismes d’Appui (OA) :

Les principaux obstacles auxquels se heurtent les OPD sont : une insuffisance d’information et de formation, la méconnaissance des techniques de négociation et le manque de prise de conscience de certains membres. Noyau ASET

Lors d’une séance d’animation dans un village, un paysan est intervenu en s’adressant à l’équipe d’animateurs : " Vous savez, nous ne sommes que des paysans. Nous ne savons rien, nous ne pouvons rien. Si vous ne nous aidez pas, ça ne marchera pas. " Quelle honte ! C’est une bassesse de se voir aussi inférieur. De telles paroles ne proviennent pas d’une personne qui pense sortir de son sous-développement sans avoir recours à l’aide extérieure. Attention ! Cette vision paysanne a une explication : les bailleurs de fonds, en croyant servir le monde rural, l’ont desservi. Ils ont réussi à transformer le paysan en un mendiant. Aboubakry Dieng

Des façons de faire :

Etre bien organisé, pas de cumul de responsabilités, avoir des objectifs précis, etc. Mais tout ceci est le résultat de " l’âme " de développement (" substance de développement ") de l’OPD. Olivier Olinga Ayissi

Beaucoup d’OPD s’organisent comme des associations formelles* avec des structures et des règles différentes, des modes de gestion habituels au village. Cela crée souvent des fonctionnements hybrides* : d’une part une organisation de façade pour l’extérieur et d’autre part un fonctionnement occulte* en réalité. N’y a-t-il pas moyen de mieux faire se rencontrer ces deux types d’organisations. Il peut être intéressant que les gens s’organisent sur la base de liens de cohésion* plus forts, voulus, éventuellement centrés sur une activité commune. Et qu'ils soient peu nombreux. La " famille " (par exemple) est plus africaine que le " groupement ".  Marc Totté


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Thème 2

Notre groupement s’est-il créé pour l’aide ?
Fiches DPH: Identite Sociale


" Quand une OPD commence avec l’aide, le poussin est tué dans l’œuf et l’avenir de cette OPD est compromis "
(Noyau APCD)

Opinions des Organisations Paysannes (OP) :

Souvent le mot " aide " encourage la naissance des OP fictives*. Parfois, si l’aide nécessite un apport propre, on s’endette pour être en règle. Le regroupement sans un but bien déterminé a une durée éphémère*. Noyau Léré

Ce sont les activités que le groupe finance lui-même qui prouvent que sans l’aide tu peux travailler. Si tu crées ton groupe de femmes, ton association, tu ne crées pas au nom de quelqu’un, mais pour toi et pour le développement. Donc il ne faut pas attendre quelqu’un qui va venir t’aider. Il faut commencer d’abord. Si une personne va venir vous rendre visite et que l’activité est bien, elle voit que vous vous débrouillez et alors elle peut venir vous aider. Salimata Ouedraogo

En mettant en place un groupement, que les membres sachent que ce groupement est leur propre entreprise et qu'ils doivent diversifier les activités économiquement rentables pour leur permettre de financer leur propre projet. L'aide extérieure, si elle vient, sera alors une chance inattendue. Noyau Léré

 

Opinions des Organismes d'Appui (OA) :

On voit des associations se créer uniquement parce qu’on a besoin d’accéder à l’aide et que pour cela, il faut s’organiser de manière formelle. Beaucoup de groupements sont obligés de s’organiser comme l’Aide le demande ou, comme la banque le demande, en Groupement d’Intérêt Economique (GIE). Joséphine Ndione

Pour une nouvelle OP, une OA est un contact nécessaire : il faut un encadrement pour les débutants, un suivi. Madeleine Barry

Des OP qui "attendent l'aide" cela s’explique par l’existence de " l’aide orientée "; c'est à dire qui offrent leur aide à tel public. Ces OP sont celles qui se créent pour l’aide et qui s’organisent dans ce sens. Daouda Diagne

Des façons de faire :

La première chose que je demande souvent aux groupes est " pourquoi ils se mettent ensemble ". Quelle est leur préoccupation ? S'ils n’ont pas d’objectifs clairs, les appuyer n’a pas de sens. Si l’objectif est précis, à ce moment ils doivent commencer à se structurer* ; il y a des règles : savoir comment on va se conduire, etc. Tout un travail d’organisation est à faire. Troisième chose : s’il n’y a pas de compétences, il faudra aller voir les structures compétentes extérieures qui vont aider à la mise en place. C’est seulement après ce travail préparatoire qu’on a un groupe solide. A ce moment seulement, celui-ci peut penser à demander l’aide pour appuyer telle ou telle activité et il pourra atteindre son objectif.  Zambo Djeralar Miankeol


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Thème 3 :

Commencer d'abord avec nos propres activités
Fiches DPH: Apprentissage

Madame Salimata Ouedraogo anime un groupement de femmes à Ouahigouya (Burkina Faso). Elle explique ainsi sa méthode :

"Dans le groupe, des femmes font la broderie à la main, des femmes font le piment qu’on essaie de mettre dans des pots pour vendre, des femmes font la pâte d’arachide, des femmes font de l’extrait d’huile d’arachide. Si j’avais des gens qui m’aidaient avec juste un peu d’argent, alors cela augmenterait. Mais comme je n’ai pas d’argent, j’essaie de les convaincre par mes propres paroles : " Il faut que nous travaillons, c’est en travaillant que l’on doit voir l’intérêt de notre travail ".

Pour ne pas les décourager aussi je fais une caisse. Chaque semaine on a une réunion " de famille " hors du travail. On est là, on s’enseigne, on discute, on boit en famille, parfois on fait les danses traditionnelles. Dans cette caisse, chaque femme met 100 CFA (1 FF) chaque semaine. La caisse est gardée par une femme, ce n’est pas moi. Souvent on a des décès, on a des mariages. Des baptêmes. Il y a d’autres femmes que tu vois arriver et dire : " On va cotiser de l’argent pour tel baptême ", et il n’y a pas d’argent. Parce que ce n’est pas tout le temps que l’on gagne de l’argent. Donc, pour ne pas les fatiguer, on enlève l’argent, par exemple 2.000 CFA (20 FF) pour aller à un mariage. Si on part avec un cadeau, il y a des gens qui vont nous faire d’autres cadeaux, 1.000 ou 2.000 CFA. On revient avec cet argent et on le met dans la caisse. Alors l’argent augmente. On cotise de l’argent juste pour les baptêmes ou les mariages, ce n’est pas bien si on se croise les mains. Il ne faut pas attendre que quelqu’un meurt pour qu’on se garde de l’argent. Il faut essayer de te battre.

On a fait un autre programme : le cinéma. On part, on loue la salle de cinéma et on vend les billets pour une séance, on a fait cela 5 fois. Souvent, on part louer la salle à 20.000 CFA et on peut se retrouver avec 50.000 CFA, on peut louer la salle à 25.000 CFA et on peut se retrouver avec 60.000 CFA. C’est une bonne affaire. On n'a jamais perdu.

On a fait quatre bals populaires. On est parti une fois louer, on a loué à 60.000 CFA, on a gagné 100.000 CFA. On a essayé deux fois, cela a marché.

La troisième fois, cela a chuté : on a fait une perte de 5.000 CFA mais les bénéfices qu’on a gagné auparavant recouvraient toujours. Tout ce qu’on fait comme bénéfices des activités, on le met dans la caisse commune. Je dis à mes femmes : " Il ne faut pas que nous attendions que quelqu’un meurt, que quelqu’un ait un enfant ou que quelqu’un fasse un mariage, Il faut que nous gagnions un peu d’argent dans nos caisses. " C’est à nous de faire pour prouver aux femmes que même sans l’aide de quelqu’un tu peux réussir. On a essayé de faire nous-mêmes.

Par exemple si toi tu fais un mariage, tu peux nous dire de venir avec notre groupe de femmes pour animer ta soirée. Peut-être tu peux nous donner 5.000 CFA, peut-être tu peux nous donner 10.000 CFA. Ce sont ces activités financées par nous-mêmes qui prouvent que sans l’aide tu peux travailler. Si tu crées ton groupe de femmes, ton association, tu ne crées pas au nom de quelqu’un, mais pour toi et pour le développement. Donc il ne faut pas attendre quelqu’un qui va venir t’aider, il faut commencer d’abord.

Si une personne va venir vous rendre visite et que l’activité est bien, elle va voir que vous vous débrouillez, elle peut venir vous aider. Il faut lui faire comprendre que vous n’avez pas les moyens mais qu’avec son aide, vous aussi vous allez essayer de vous battre. Tu peux frotter ton ventre mais tu ne peux pas frotter ton dos. Même si tu arrives à frotter ton dos, ce n’est pas tout le dos. Si la personne te voit essayer de frotter ton dos, tu lui fais vraiment pitié et elle vient à ton secours".


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Thème 4 :

Utiliser nos propres ressources
Fiches DPH: Financement

" Pour toute aide, associer toujours sa propre contribution "
(Terre Solidaire)

Opinions des Organisations Paysannes :

Je suis arrivée à bien organiser les femmes et nous avons initié des activités de production de plantes. Nous sommes arrivés à planter 124 arbres et actuellement il y a plus de 100 arbres qui continuent à grandir. C’est comme cela que nous avons créé notre groupement. Avec les cotisations nous avons pu encaisser quelque chose qui nous a servi vraiment pour la première fois à faire des activités de crédit entre nous. Ibrahim Zeinabo

La contribution, c’est quoi ? Par exemple, une ONG veut m’aider sur mon terrain de cultures car il me manque les moyens et le matériel agricole, mais le fumier ou autres ce n’est pas l’ONG qui va me le ramasser, il faut que je le fasse moi-même : c’est une participation* de ma part. S’il faut rester les bras croisés et dire : " je vais recevoir l’aide extérieure et cela me permettra de nettoyer mon champ, de ramasser le fumier ", cela ne répond pas aux besoins réels. J’aime mieux avoir l’aide extérieure avec une contribution de ma part (que sans). Barmbaye Guelmian

Dans tous les cas, nous devons toujours commencer par des contacts progressifs avant d'arriver à l'aide financière car l'aide ne se résume pas seulement à l'argent. Noyau Terre Solidaire

Une OP doit compter sur ses forces et non croire toujours être appuyée. Noyau Niger 

Elle doit chercher à affirmer son autonomie financière grâce à une activité rentable. Noyau Terre Solidaire 

 

Opinions des Organismes d'Appui :

L'OP doit avoir des informations réelles et sur les contraintes liées à un partenariat. Noyau APCD

Les OP qui se sont détruites à cause de l'aide doivent témoigner de cet échec. Jean Nya Ngatchou

Des façons de faire :

Développer ou améliorer les initiatives locales, c’est mieux que transporter des actions réussies ailleurs pour les imposer aux OP. Noyau Terre solidaire

Il ne faut jamais se partager les ressources équitablement, il faut voir les compétences et les potentialités de chaque membre sinon l’union est cassée et l’intérêt individuel règne. Noyau Niger

Les OPD ne doivent demander l’aide que quand une activité est en cours (et non pas se créer pour l’aide) et dans la proportion de ce qu’il faut pour éviter des conflits autour des fonds vacants. Noyau APCD

Mais les apports peuvent être aussi autres que financiers, par exemple un apport en matériel ou en personnel. GRAD

Une expérience :

Il y a beaucoup de besoins, mais avant tout, il est nécessaire de rendre les femmes plus responsables. Il s’agit d’apporter " de la lumière dans ce que vous faites ". Les femmes doivent être responsables pour pouvoir gérer. Par exemple pour le moulin. Comment trouver les moyens pour l’avoir ? Chaque femme qui adhère à l’AFBO donne 500 CFA. C’était insuffisant ; alors les femmes ont organisé des kermesses pour écouler des produits qu’elles faisaient. Les recettes ont permis l’obtention du moulin au tout premier village pour lequel il était nécessaire. Madeleine Barry


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Thème 5 :

Se préparer à faire face àdeux possibilités d'être aidé
Fiches DPH : Negociation

Introduction :

Une OP débutante arrive difficilement à trouver un Organisme d’Appui (OA) qui accepte d’appuyer ce qu’elle est en train de faire. Le plus souvent, un OA propose à l’OP de réaliser l’une des activités du programme qu’il dirige. C’est pourquoi il est bon de se préparer à rencontrer l'un de ces deux cas :

Chemin 1 : l’OA propose son programme. Alors que fera l’OP ? Ce cas est étudié dans le livret D2.

Chemin 2 : l’OP arrive à ce qu’un OA épaule ses projets à elle. Ce cas est étudié dans le livret D3

(1) Chemin habituel : le donateur vient avec son programme

  • Les risques :

Les OP sans identité forte se contentent trop souvent de la mise en œuvre des actions du donateur. GRAD

En tant qu’OPD, il ne faudrait jamais attendre l’aide avant d’entamer la réalisation de ses objectifs au risque de devenir " esclave de l’aide ", ni oublier ou changer gratuitement son programme à cause des exigences de l’aide. On peut à ce niveau refuser l’aide selon les cas. Noyau APCD

  • Des façons de faire :

Il est indispensable de se définir un ou deux objectifs par rapport à soi, son histoire, sans prendre trop en compte (ou pas du tout) l’appui extérieur dans un premier temps. Jérôme Iung

Les OP et les donateurs doivent jouer franc-jeu pour limiter les risques d’échec. Terre Solidaire

Il faudrait éviter de faire recours à tout moment au donateur chaque fois qu’il y a un petit blocage, faire un effort de réflexion, tout en respectant nos engagements (Noyau Tchamba); et en acceptant les critiques. Noyau Terre Solidaire

(2) Chemin alternatif * : le donateur accepte nos propres projets

  • Le défi

Dans une organisation paysanne, le paysan fait lui-même son programme. Le problème est qu’il doit correspondre à ce que veut financer le donateur. Le paysan définit ce qu’il veut faire, le donateur voit ce qu’il peut faire. Lamine Fayenke

  • Une façon de faire :

Je propose qu’une nouvelle OP prenne au moins deux ans pour :

  • faire comprendre à ses membres le but et les objectifs, les méthodes d’approche, etc. ;
  • définir sa capacité d’encadrement, organisationnelle, financière propre ;
  • approfondir / mûrir toutes les idées de la création de l’OP ;
  • identifier les besoins et les problèmes de ses membres ;
  • se mettre à les résoudre par ses moyens du bord (rencontres, cotisations et activités participatives : champs collectifs, travaux avec apport de main d’œuvre, etc.).

A la fin de cette deuxième année cette OP se connaît assez pour pouvoir se défendre et défendre ses projets face à une OA. Et la première aide se montera seulement au double des ressources propres de l’OP, moyens préalablement bien étudiés. Baba Ouedraogo


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